Rendez nous Marie Pervenche

Une fois n’est pas coutume, vous pourrez me traiter de populiste démago après avoir lu cet article. Mais voyez-y le coup de gueule du Parisien énervé. Depuis le 1er janvier, le PV, « la prune » a été remplacé par le FPS « forfait post stationnement« . J’avais été sérieusement agacé de voir à cette occasion le montant de l’amende augmenter mais ce n’est que quelques semaines plus tard que j’ai découvert derrière ce changement de sigle se cachait une réforme nettement plus vicieuse sur le stationnement. Au nom d’une saine ambition, réduire la circulation automobile dans la ville, une magnifique pompe à fric avait été mise en place.

J’habite dans un quartier de Paris où se garer est compliqué surtout depuis la mise en place d’une politique systématique de réduction du nombre de places de stationnement. La mise en fourrière s’y pratique de manière implacable : tous les jours à 8h05 arrive une armada d’une petite dizaine de véhicules qui font le ménage sur des places de livraison bien souvent inutiles. Je présente ensuite la caractéristique d’être un dangereux privilégié bénéficiant d’une voiture de fonction… pour aller voir des clients… Ce texte explique pourquoi les gens comme moi n’ont pas droit au stationnement résidentiel et sont donc condamnés à se garer dans les parcs concédés ou privés. Il est assez hallucinant. J’ai cru à une mauvaise blague quand je l’ai découvert.

« La politique municipale engagée depuis 2001 vise à réduire la pollution atmosphérique générée par les déplacements automobiles. Elle ne doit pas privilégier les déplacements pendulaires (de type domicile-travail) générateurs de pollution, qui sont nécessairement induits et attachés à la notion de véhicule de fonction.

Le tarif résident a été créé afin d’inciter les résidents parisiens à utiliser des modes de déplacement alternatifs à la voiture particulière pour leurs déplacements professionnels et leur trajet quotidien entre leur domicile et leur travail. Par nature, une voiture de fonction est mise à disposition de son conducteur afin d’effectuer ce type de trajets. 

Elle ne pourra pas faire l’objet de la délivrance d’une carte de stationnement résidentiel. Le véhicule sera donc soumis au régime de stationnement visiteur, qui, afin de permettre une rotation des véhicules et réduire la pression du stationnement, limite le stationnement à 6h consécutives au même emplacement.

Dans ces conditions, la solution proposée par la municipalité aux résidents bénéficiant d’un véhicule de fonction repose sur l’offre de stationnement par abonnement dans les parcs concédés ou privés « 

Je m’étais donc résigné à payer mon stationnement plein pot et à prendre quelques prunes. Mais avec le FPS tout change. J’ai vite constaté une augmentation massive de la fréquence de contrôle. Plus le droit à l’erreur ou le FPS tombe. Il faut dire que le contrôle n’est plus effectué par les agents de la préfecture de police mais par les agents de contrôle de prestataires mandatés par la mairie de Paris : Moovia et Streeteo. Le contrat qui les lie à la Mairie de Paris ne rémunère pas encore ces prestataires au nombre d’amendes (ça sera la prochaine étape) mais bien au nombre de contrôles effectués quotidiennement : l’objectif fixé contractuellement par la municipalité est de 75.000 contrôles chaque jour, sur les 140.000 places de stationnement payantes dans la capitale.

Les prestataires de service en bons entrepreneurs ont travaillé sur la productivité de ce nouveau business. Pour aider ses agents dans leur mission, Moovia « utilise une panoplie de moyens automatisés à l’aide de scan-car Renault Zoé et de scooters électriques. L’établissement des FPS ne sera pas effectué directement par les machines, il s’agit d’un pré-contrôle destiné à orienter les agents verbalisateurs vers les zones où sont recensées le plus d’infractions. » En quelque sorte, des chars à l’appui de l’infanterie.

Je me suis donc mis à payer avec plus de régularité le stationnement. J’ai alors découvert toutes les subtilités du FPS. Devinette : 1 heure coûte 2.40€, 2 heures coûtent 4.80€. Combien coûtent 6 heures? Vous avez répondu 6 x 2.40 = 14.40€. Perdu. Réponse 35€ car au bout de 2 heures, on vous encourage lourdement à dégager. Il faut que ma sieste du samedi n’excède pas 2 heures!!! Le système de recouvrement a également été modernisé. Adieu les horodateurs, bonjour l’appli pour smartphone avec géolocalisation. Il y a aussi un système d’escompte pour paiement comptant. Si vous payez dans les 48 heures, votre amende sera minorée de 20%. Un habile financier a dû concocter l’affaire.

Les couacs ne se sont pas faits attendre notamment autour de la société Streeteo. Il faut dire que ses employés ne sont ni surqualifiés, ni surpayés. Je n’aime pas trop faire de délit de sale gueule mais certains contrôleurs croisés dans ma rue m’ont fait plutôt peur. Je n’aurais pas aimé les croiser dans une rue déserte tard le soir…. À contrario, ils sont moins respectés que leurs prédécesseurs de la préfecture de police ce qui a conduit à plusieurs agressions. Au mois de janvier, deux conducteurs de Streeteo ont été pris pour usage de stupéfiants. Des employés zélés ont aussi verbalisé des véhicules de police…. Dernier scandale en date, pour rentrer dans son quota, la société Streeteo avait trouvé une solution à moindre coût : le contrôle bidon. Elle s’était constituée un listing de plaques d’immatriculation et ses employés entraient chaque jour les mêmes plaques dans le système sans réellement effectuer les contrôles sur le terrain… Sans compter les risques de conflit d’intérêt : Streeteo appartient à la même société que les parkings Indigo : le FPS un excellent moyen de booster la fréquentation des parkings souterrains!

Au final FPS c’est un dangereux mélange de dogmatisme idéologique anti-voiture, de hausse d’impôts déguisée et d’un curieux partenariat public-privé. Tous les ingrédients sont réunis pour des dérives inacceptables et de futurs scandales. Le Canard Enchaîné a d’ailleurs flairé le bon filon. En attendant les prochaines municipales, nous payons. Rendez nous Marie Pervenche!!!!!

Because I am happy

L’émission c’est arrivé demain présentée par David Abiker sur Europe 1 est mon petit moment de bonheur du dimanche matin. Ça tombe bien, dimanche dernier, il recevait Mo Gawdat égyptien ex-numéro 2 de Google X devenu le nouveau prophète mondial du bonheur en initiant le projet « 1 billion happy » dont l’objectif est tout simplement de rendre heureux 1 milliard d’être humains. Vouloir le bonheur de l’Humanité, voilà une belle utopie… mais qui a conduit dans le passé aux pires cauchemars. J’abordais donc le sujet avec un mélange de bienveillance et méfiance. Tout est passionnant dans ce projet : son ambition, ses moyens, sa philosophie, son idéologie sous-jacente. Je vous propose donc une plongée dans « 1 billion happy ».

Mo Gawdat est un prophète des temps modernes. Être prophète c’est d’abord un look, une présence, un charisme. Mo Gawdat est grand, élancé, crâne rasé et bouc avec de petites lunettes rondes. Il y a chez lui un mélange entre Gandhi et Yannick Noah. Il parle un anglais parfait avec un délicieux accent moyen-oriental sur un ton calme et apaisant. Il se dégage indiscutablement un énergie sympathique chez cet homme. Nous ne sommes pas dans la catégorie prédicateur excité mais plutôt dans le registre du Sage calme et inspirant.

Être prophète, c’est ensuite raconter une histoire. Les Américains sont les maîtres du story-telling. Mo Gawdat raconte donc inlassablement son histoire avec brio et talent. Elle est très émouvante et pourrait se résumer ainsi. Il a mené pendant de nombreuses années la vie effrénée d’un entrepreneur à succès. Il est devenu riche, très riche mais pas heureux. Ça rappelle le génial « blues du businessman » de Michel Berger « j’suis pas heureux mais j’en ai l’air, au fond je n’ai qu’un seul regret, j’fais pas ce que j’aurais voulu faire ». Ensuite il est rentré chez Google et a commencé à devenir plus heureux. Puis il a connu une terrible tragédie la perte de son fils suite à une opération chirurgicale ratée. Son fils sur son lit de mort lui a demandé de travailler à être plus heureux et l’a envoyé en mission. Pour son fils, il lance son projet « 1 billion happy » et quitte aujourd’hui Google. Son témoignage m’a profondément ému.

« La vie m’a enlevé un être cher, je l’ai accepté, puis je me suis engagé pour faire en sorte que chaque jour soit meilleur que le précédent. Mon cerveau me dit « j’aurais dû le conduire dans un autre hôpital », c’est vrai, mais puis-je revenir en arrière, puis-je changer cela ? Non, alors pourquoi le cerveau me dit-il cela ? J’ai donc demandé à mon cerveau de me donner une pensée positive. L’idée est alors venue de montrer au monde l’être exceptionnel qu’était Ali, partager son modèle de bonheur, et faire en sorte de rendre les gens heureux pour que le monde soit un plus bel endroit que le jour où Ali l’a laissé. Nous avons commencé avec dix millions de personnes et nous avons pour objectif de rendre un milliard de personnes heureuses. Cela ne ramènera jamais Ali, mais les rendre heureux est mieux que de passer le reste de ma vie à pleurer. Quelle remarquable leçon de vie!!!! Mo Gawdat fait donc partie comme Saint Paul ou Charles de Foucauld des prophètes repentis marqués par la vie. Ils sont généralement redoutablement efficaces.

Venons en maintenant à la parole du prophète. Il fait le constat que malgré les progrès technologiques extraordinaires l’homme occidental n’est pas plus heureux que ses parents et grands parents et pire encore qu’un pauvre paysan du tiers-monde. Nous aurions donc raté quelque chose de fondamental. Il y a donc chez Mo Gawdat une critique radicale de la société de consommation et de son corollaire le désir permanent du toujours plus. On retrouve là des éléments de la contre-culture californienne. Il est également à noter qu’il s’agit d’une sagesse non religieuse dans laquelle le bonheur ne passe pas par la transcendance divine.

Mo Gawdat a le sens de la formule, en l’occurrence mathématique. Le cœur de sa pensée, il l’a synthétisée dans son équation du bonheur :

La formule est concise et percutante. Je vous laisse la méditer. Je ne vous infligerai donc pas des pages d’exégèse sur cette équation. On peut juste dire qu’elle s’inscrit dans un courant de sagesse matérialiste assez classique qui va de la sagesse épicurienne recommandant de se limiter aux seuls désirs naturels et nécessaires en passant par Voltaire « il faut cultiver votre jardin ». Cette formule me semble plutôt de bon sens même si elle porte en elle le risque de conservatismes sociaux sur le registre « sois heureux dans ta caste, ne cherche pas à trop en sortir, tu cours au malheur. »

Ce qui est plus intéressant, c’est sa formulation sous forme d’équation. Elle traduit l’obsession de notre époque de tout modéliser. On n’avait encore jamais eu l’idée de sauver l’humanité avec un algorithme. La déclinaison du projet fonctionne d’ailleurs ainsi. Mo Gawdat invite chacun de ses nouveaux disciples à transmettre cette formule du bonheur à deux nouvelles personnes qui à leur tour la transmettront à deux autres personnes suivant un classique schéma pyramidal. Il affirme avec sérénité et sans prétention, ni orgueil qu’il touchera 1 milliard de personnes. On pourrait le croire mégalomane. Je suis sûr qu’il y arrivera. La transformation effective des cœurs sera elle plus difficile.

Et puis chez les prophètes, il y a toujours une partie un peu délirante. Mo Gawdat vient de chez Google. Il lui fallait donc relier son projet à l’ambition transhumaniste de l’entreprise américaine. Il explique donc doctement qu’après la singularité de 2029 les machines deviendront plus intelligentes que l’homme, qu’elles sont aujourd’hui en train d’apprendre faisant le parallèle avec l’apprentissage des enfants. Pourquoi rendre l’homme plus heureux ? Tout simplement pour que les intelligences artificielles soient heureuses et n’apprennent pas par mimétisme nos travers. Elles risqueraient sinon de devenir méchantes et sans doute de nous éliminer. Je n’aime pas cette partie du discours qui porte en elle le germe du totalitarisme sur le thème « appliques ma méthode pour devenir heureux ou l’Humanité disparaîtra ». Cette facette du projet reste pour le moment en arrière plan. Souhaitons que cela demeure ainsi.

Bon vent au projet « 1 billion happy » et à son charismatique promoteur. J’espère pour lui que ses attentes ne sont pas vraiment d’influer en profondeur sur le bonheur d’1 milliard de personnes. Il risque alors que les événements ne soient pas à la hauteur provoquant son propre malheur si on applique son équation. L’Utopie est belle et si déjà elle apporte du bonheur à quelques uns…

Aux frontières de la mondialisation

Mayotte, vous avez dit Mayotte. Voilà un petit bout de France dont on n’avait jamais vraiment entendu parler et qui s’invite dans l’actualité. Je n’y jamais été mais je vous propose quand même de vous y emmener.

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Comme dans un bon guide touristique, commençons un peu de géographie et d’histoire. Mayotte est un ensemble d’îles de l’archipel des Comores dans l’Océan Indien à la pointe Nord de Madagascar. L’archipel des Comores ce sont 4 grands groupes d’îles : Grande Comore, Anjouan et Moheli forment un état indépendant la République Fédérale Islamique des Comores, Mayotte (256.000 habitants) elle est restée française un peu par hasard…

En 1841, les Comores deviennent une colonie française. En 1974, la France organise un référendum d’auto-détermination des Comores. Trois îles votent l’indépendance à plus 99% mais un village mahorais résiste à l’indépendance : c’est Mayotte. Étrange résultat que ce patriotisme français d’une des îles. Je m’y suis donc intéressé. Je m’attendais à trouver des différences ethniques ou religieuses. Mais rien de tout cela, les mahorais de Mayotte sont bien les frères de ceux des 3 autres îles. Ils parlent le même type de dialecte et sont très majoritairement musulmans.

Mayotte est demeurée française pour un banale querelle de clochers. Le futur président pressenti des Comores était originaire d’Anjouan. Les habitants de Mayotte n’avaient tout simplement pas confiance dans ce personnage. Les tempéraments insulaires sont propices aux guerres de clans. Les habitants de Mayotte ont préféré la République au joug des Anjouanais. Suite à un tour de passe-passe signé Chirac, la séparation de Mayotte des autres îles de Comores est entérinée par Paris … contre l’avis de l’ONU. En 1976, les habitants de Mayotte confirment leur volonté. Ils avaient entretemps vu le reste de l’archipel sombrer dans une grande pagaille politique et économique.

Cela nous mène à la situation d’aujourd’hui : une quasi-insurrection, qui dure depuis des semaines, provoquée par un niveau d’insécurité dans l’île devenu insupportable. Il faut dire que depuis l’indépendance, les îles comoriennes ont connu une explosion démographique passant de 400.000 à plus d’1 million d’habitants. La densité d’habitants de Mayotte est de 682 habitants par km2 (pas très éloignée de celle de l’Ile de France) avec la combinaison explosive d’une immigration massive et d’un taux de fécondité très élevé (supérieur à 5 enfants par femme). Le PIB par habitant de l’île est de 8000$ par habitant (loin de la métropole 37.000$) 10 fois plus élevé que celui des Comores (800$ par habitant). Cette situation a créé un appel d’air migratoire massif des autres îles vers Mayotte. La population immigrée représente désormais quasiment 50% du total de Mayotte créant une déstabilisation profonde de l’île.

La maternité de Mayotte a fait la une des journaux et donné lieu à un surréaliste débat théorique sur le droit du sol dont notre pays a le secret. Mais dans les faits, elle est symbolique des difficultés énormes du territoire. Le CHM (complexe hospitalier de Mayotte) est aujourd’hui la plus grande maternité de France. Le nombre de naissances y augmenté de 45% entre 2013 et 2016 avec un afflux massif de femmes comoriennes venues clandestinement y accoucher car leur enfant bénéficie alors de facto de la nationalité française. Cela se traduit par une désorganisation profonde et la rancoeur des habitants de Mayotte. « Pour pallier le manque de place, outre le triplement des lits par chambre, on transfère les patientes en bonne santé trois heures après leur accouchement, vers les maternités périphériques. Il n’y a qu’à Mayotte qu’on fait ça », confie une sage-femme à l’AFP. « Nous, on se ‘démerde’, alors que celles qui n’ont pas la Sécu, elles restent. Je me sens défavorisée, alors que je cotise, je paie mes impôts. » confie une jeune mère à l’AFP. Le statut d’extra-territorialité sur lequel planche le gouvernement pour la maternité est dans ce contexte une question de survie pour l’île.

Mayotte comme Calais ou Lampedusa est une des frontières de la mondialisation. Ces frontières sont devenus des lieux bipolaires : portes du paradis pour les uns, enfer pour leurs habitants. Nous avons un devoir d’assistance vis-à-vis de ces territoires. Les solutions qui y seront trouvées ou pas seront un signe de notre capacité à gérer l’immense défi migratoire du XXIème siècle.

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Stephen Hawking : vers les étoiles ou le trou noir?

Stephen Hawking s’en est allé. La réalité dépasse souvent la fiction. Il en était l’illustration vivante. Stephen Hawking c’était d’abord cette image terrible d’un corps paralysé par l’horrible maladie de Charcot qui lui ôta jusqu’à la parole. Mais c’était surtout un des esprits les plus brillants de notre temps, un de nos plus grands astrophysiciens…. vous savez ces gens qui comprennent un peu plus que le commun des mortels comment fonctionne notre univers, d’où nous venons… Stephen Hawking était un exemple de transcendance, comme si la maladie qui empêchait son corps avait rendu encore plus aiguisée sa capacité d’abstraction théorique.

J’ai en mémoire les heures passées passionné à décrypter son best-seller « Une brève Histoire du temps ». Décrypter est bien le bon mot. Stephen Hawking avait certes de vrais talents de vulgarisateur mais d’une matière obscure (les experts apprécieront le jeu de mot) pour le non-initié. Je me souviens de mon enthousiasme d’avoir découvert qu’on savait dater le bing-bang, dater l’origine du monde!!!! que l’on se posait d’infinies questions sur ce moment, cette singularité régie par l’inextricable combinaison entre les lois de l’infiniment grand et de l’infiniment petit. Je m’étais délecté de cette compréhension superficielle des mystères de l’univers. J’avais en lisant ce livre retrouvé l’excitation du gamin à qui on remet une carte au trésor codée et qui arrive à en déchiffrer les premiers signes.

Stephen Hawking s’en est allé mais où? Quelle réflexion éclairée ce scientifique expert de l’origine de l’univers portait-il sur l’existence de Dieu, sur l’au-delà? J’ignorais avant d’écrire cet article que dans un ouvrage publié en 2010 Stephen Hawking avait opté pour un athéisme sans nuance : « Le temps n’existait pas avant le big bang. Dieu n’aurait ainsi pas eu le temps de créer l’univers. C’est comme demander une direction aux confins de la Terre. La Terre est une sphère. Elle n’a donc pas de fin. En chercher le bout est un exercice futile. Chacun est libre de croire ce qu’il veut. Mais mon point de vue est extrêmement clair : il n’y a pas de Dieu. Personne n’a créé l’univers et personne ne dirige notre destin. Ce qui me mène vers une conclusion : il n’existe probablement pas de paradis. Ni même de vie après la mort. Nous n’avons donc que cette vie pour profiter des merveilles de l’univers. Et j’en suis extrêmement reconnaissant. »

Cette prise de position tranchée avait alors provoqué la controverse y compris chez les astrophysiciens. Stephen Hawking plus jeune avait d’ailleurs pris une opinion moins affirmée sur le sujet. Ce grand esprit dans un corps malade a passé sa vie à imaginer l’univers et même la possibilité de l’existence de plusieurs univers. Mais il n’a pas voulu rêver d’un au-delà avec un esprit libéré de sa maladie. Stephen Hawking a opté pour le trou noir après l’instant fatal. Paradoxalement nul mieux que lui ne savait que nous ignorons radicalement ce qu’il y a dans les trous noirs.

Brèves de suite

Les histoires du Banblog sont rarement terminées au moment où je les écris. Notre époque est zappeuse. Un événement chasse l’autre au rythme des tweets. J’ai naturellement perdu de vue une partie de mes sujets qui ne sont pas à la une de l’actualité. C’est donc avec une certaine délectation que je me suis replongé dans certaines histoires tout simplement pour en connaître la suite. Je vous propose de découvrir ces suites (je vous ai mis à chaque fois un lien vers l’histoire originale)

1) Du côté des rayons de nos supermarchés

Le Beurre a retrouvé le chemin des rayons et les négociations 2018 semblent s’être déroulées dans un climat plus constructif. « Aujourd’hui, aucun distributeur ne propose d’acheter moins cher les produits laitiers en 2018 qu’il ne les a payés en 2017. C’est un fait », a indiqué André Bonnard, secrétaire général de la Fédération des producteurs de lait (FNPL), lors d’une conférence de presse au Salon de l’agriculture à Paris. ««Les négociations commerciales dans la filière laitière visiblement ne se sont pas déroulées tout à fait dans le même état d’esprit que dans les autres filières », souligne André Bonnard, évoquant un « effet États généraux ».

Le lait c’est qui le patron a été la star du salon de l’agriculture. Ses ventes explosent se rapprochant désormais du million de litres vendu chaque semaine…. Souhaitons le même succès au reste de la gamme. La marque va également devenir un label qui sera apposé à certains produits comme les yaourts Carrefour ou les jus de pommes Cidou.

Dans l’affaire Nutella, la DGCCRF a ouvert une enquête. Les premières conclusions de l’enquête semblent indiquer qu’Intermarché a bien abusé des règles sur les soldes pour vendre à perte. Dans le même temps, l’enseigne enregistre un bond spectaculaire de sa part de marché. Intermarché risque 375K€ d’amende, une somme dérisoire par rapport à la publicité générée par cette opération.

2) Du côté des terrains de sport

Les JO de Pyeongchang ont vu le premier cas de dopage au curling au sein de l’équipe russe. Des athlètes russes dopés….Quand je vous disais que le curling est un vrai sport…

Roger Federer dans la foulée de sa victoire à Melbourne est redevenu numéro 1 mondial à 36 ans. Chapeau l’artiste. Sur la réforme de la Coupe Davis, il n’a pas encore pris parti. Tel l’empereur romain, il tient sans doute l’avenir de l’épreuve suivant qu’il lève ou baisse le pouce. Autre question : le verrons-nous à Roland Garros?

Pierre Ambroise Bosse fait lui la une des pages faits divers. Il s’est fait salement amocher à la sortie d’une boîte de nuit. Il n’avait pas réussi à courir assez vite pour s’enfuir (blague facile). Il a tout de même été mis en examen pour « violences avec arme ». Qui est l’agresseur, qui est l’agressé? La justice le dira. Nous on préfère Pierre Ambroise sur la piste.

Quant à Neymar tragique destin, il s’est blessé juste avant le match le plus important de la saison contre le Real Madrid, précipitant la défaite sans gloire du PSG. La trahison du corps…

3) Du côté géopolitique là c’est plus grave

La Catalogne a voté massivement en faveur des partis indépendantistes malgré l’attitude folklorique du leader indépendantiste Carlos Puigdemont. La guerre de tranchées avec le pouvoir de Madrid continue et l’Espagne avance sur le chemin de la dislocation

Au Kurdistan irakien, Massoud Barzani a été remplacé à la tête de l’état par son neveu Netchirvan Barzani. Les nuages s’amoncellent. On évoque désormais un possible offensive commune Irako-Turque contre le Kurdistan. Au delà des conflits de clans locaux, BHL avait peut-être raison de craindre le pire.

4) Du côté du numérique

Snapchat s’apprête à licencier 10% de son personnel. Comme prévu, Kylie Jenner s’est comme prévu réconcilié avec le réseau social où elle a orchestré un buzz autour d’une vraie-fausse bague de mariage. Bref la vraie vie a repris ses droits….

Le site de vidéos porno pornhub pris par de terribles remords éthiques a fini par interdire les vidéos utilisant la technologie Deep Fake. L’heure du revenge porn n’a pas encore sonné.

Lu dans Le Parisien ce matin : « elle poursuit et fait arrêter son voleur grâce au système de géolocalisation de son IPhone« . Le voleur trop gourmand avait dérobé Rolex et IPhone. Il aurait dû se contenter de la montre….

5) Et sinon par ailleurs

Richard Orlinski continue de prospérer. Il a ouvert une galerie complète dédiée à ses œuvres rue du Faubourg Saint Honoré à deux pas de l’Elysée. L’inauguration a connu un franc succès. Miss France lui a rendu un brillant hommage déclarant en véritable critique d’art : « J’adore ! Cela habille une pièce ou un plateau. L’année dernière, je me souviens qu’il y avait deux chevaux sur le plateau de Miss France et j’avais trouvé cela magnifique. Je suis vraiment fan des animaux. »

Cédric Villani après la méthode singapourienne de maths prépare un rapport sur l’intelligence artificielle. Je vous donne rendez-vous à sa parution pour un article sur ce vaste sujet.

Enfin pour terminer Gal Gadot, elle se prépare pour le tournage de Wonderwoman 2 qui débute en mai où elle devra affronter la terrible femme panthère Cheetah. J’ai hâte de regarder ce combat félin. Sortie prévue en novembre 2019. C’est dans beaucoup trop longtemps !!!!!

Ils sont fous ces romains

Question pour un champion : qui suis-je? Homme politique européen de culture latine, j’arrive au pouvoir à l’âge de 39 ans après avoir poussé dehors mon prédécesseur issu du même courant politique. Issu de la gauche, je dirige le pays avec une coalition mêlant gauche et centre droit. Je profite de ma cote de popularité pour lancer au pas de charge un ambitieux programme de réformes de mon pays d’inspiration libérale : réforme du marché du travail, suppression de la taxe d’habitation… Éminemment pro-européen, je cherche à relancer la construction européenne après le Brexit….. Je suis, je suis….. Emmanuel Macron… Mauvaise réponse je suis… Matteo Renzi.

Le parallélisme entre les deux destins est frappant avec 3 ans de décalage. Je me souviens du contraste entre le jeune Renzi arrivant au pouvoir plein de fougue et François Hollande empêtré dans ses contradictions. Il incarnait le renouveau et le courage de s’attaquer frontalement aux conservatismes de son pays. Il redonnait une lueur d’espoir aux pays latins englués dans la crise. 2 ans et 9 mois plus tard, il perdait personnellement le pouvoir. 4 ans après, son parti vient d’essuyer une défaite historique battu par les populistes de gauche, de droite et d’extrême droite. Il a même donné une cure de jouvence au botoxé Berlusconi. Il avait entre temps tout simplement perdu la confiance du peuple.

Emmanuel Macron enchaîne les réformes. Il applique largement le programme pour lequel il avait été élu et les Français lui en sont gré… pour l’instant… Les populistes de tout bord l’attendent au tournant. L’exemple italien le lui rappelle. La Roche tarpeienne est proche du Capitole.

Ils ont tué la Coupe Davis

Novembre 2017 : je vous faisais part de mon bonheur suite à la victoire de l’équipe de France menée par le vieux lion Noah. J’ai la joie communicative. Je partageais donc cet enthousiasme la semaine suivante avec les membres de mon club de tennis. Je pensais être en terrain conquis. À ma grande surprise, je récoltais surtout des railleries sur le thème « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». La France avait gagné la compétition sans une victoire en simple contre un joueur du top 40. Federer, Nadal, Djokovic… aucun n’avait participé à l’édition 2017 de la compétition. Roger Federer se permettait même d’ironiser : « tout est possible, même la France a gagné la Coupe Davis. » La coupe Davis était en crise.

J’ai tout de même reçu comme un coup de massue la décision de la Fédération Internationale de tennis de supprimer la vieille dame créée en 1900 dans sa formule actuelle. La nouvelle formule proposée pour la Coupe est une caricature de la mondialisation : un événement d’une semaine doté de 20M$ de prix, disputé en terrain neutre (Qatar? Dubaï? Singapour?, on ne sait pas encore… en tout cas finie l’ambiance si particulière des matchs de Coupe Davis) organisé par une société privée Kosmos, présidée par un footballeur Gérard Piqué ce qui fait dire à Cédric Pioline « C’est encore une fois l’oseille contre la tradition. » Sans surprise, le camp français fait unanimement bloc derrière Yannick Noah pour dénoncer cette folle décision.

Mais nos braves Gaulois semblent bien seuls pour mener ce combat. Les stars du tennis mondial saluent cette réforme. Djokovic l’a fait tellement ouvertement qu’on l’accuse d’être associé financièrement à l’affaire. Nadal pourtant ardent supporter du Real Madrid la soutient également. Federer s’est également réjoui. On ne peut soupçonner ces 3 joueurs qui ont déjà gagné des centaines de millions de $ de pure avidité. Ils ont en plus chacun gagné l’épreuve avec leurs pays respectifs et goûté alors à la saveur unique de la victoire avec le maillot national. Pourtant ils n’y participaient plus. Le rythme de la Coupe Davis (4 grands week-ends dans l’année) semble aujourd’hui difficilement avec la gestion efficace d’une carrière en simple. Entre leur carrière en simple et une hypothétique victoire avec le maillot national, nos stars ont vite fait leur choix.

Cet arbitrage n’est pas sans rappeler les conflits qui font rage entre la Fédération de rugby et les clubs du top 14 concernant la disponibilité pour le XV de France. Le PSG voudrait faire jouer un maximum de rencontres à Neymar quand le Brésil le souhaiterait frais pour la Coupe du Monde. Il illustre la tension entre des circuits professionnels qui sont aujourd’hui dans une pure logique de maximisation des profits et des équipes nationales où l’argent (également présent) passe derrière la fierté du maillot. Le cœur des joueurs balance. On a vu les difficultés des entraîneurs de l’équipe de France de foot à les mobiliser. Ça n’est pas un hasard si la joueuse de tennis Caroline Garcia est rentrée dans le top 10 l’année où elle a renoncé à la Fed Cup. J’y vois une métaphore du rapport de force entre les états et les multinationales qui souvent balance du côté des entreprises. Gérard Piqué le fossoyeur de l’actuelle Coupe Davis est aussi à la pointe du combat pour la dislocation de l’Espagne. Hasard ou coïncidence?

La France a sans doute perdu le premier set de la bataille. Elle avait pourtant un sérieux atout dans sa manche. Bernard Giudecelli le président de la FFT préside également le comité d’organisation de la Coupe Davis. Il déclarait il y a quelques mois : «Je ne souhaite pas aboutir à un concept mortifère, comme une finale neutre ou même une épreuve regroupée sur une courte période. Nous devons veiller à ne pas couper le lien entre cette épreuve et son public.» Il semble pour le moins avoir avalé son chapeau et reste silencieux depuis l’annonce de l’ITF. La Coupe Davis est belle et bien morte. Espérons qu’un compromis plus respectueux de l’esprit de l’épreuve sera finalement trouvé. Il ne reste plus au vieux lion qu’à emmener l’équipe de France vers une nouvelle victoire. Il pourra alors dire qu’il a gagné la dernière Coupe Davis.