Armstrong : le tricheur restera riche

Je suis un fan du Tour de France. La grande boucle berce mes étés depuis mon enfance. Je lui suis resté fidèle malgré les scandales à répétition. Cette passion est mystérieuse pour les non initiés. Mes filles raillent les heures passées à regarder des coureurs pédaler. Selon elles, il ne se passe rien. Elles n’ont rien compris!!! Le Tour c’est une merveilleuse alchimie entre un effort surhumain, la dramaturgie de la course et les somptueux paysages de notre pays. Le Tour pendant 7 ans, ce fut la domination absolue d’Armstrong un des plus grands tricheurs de l’histoire du sport qui solde aujourd’hui ses comptes avec la justice américaine

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ARMSTRONG : AVANT LA CHUTE, 7 VICTOIRES SANS AUCUN CONTRÔLE POSITIF

Je me suis naturellement intéressé aux affaires de dopage qui ont ébranlé le peloton. J’ai dévoré il y a quelques années avec passion et horreur le livre « La course secrète » de Tyler Hamilton longtemps fidèle lieutenant d’Armstrong. Il y décrit minutieusement comment Armstrong associé au démoniaque Docteur Ferrari avait transformé son équipe en un groupe de vampires se faisant réinjecter leur propre sang « frais » la veille des grandes étapes de montagne. Armstrong régnait sur le peloton en vrai chef mafieux imposant l’omerta, excluant les éventuels contestataires, le tout avec le soutien actif et corrompu de l’UCI (Union Cycliste Internationale). Il réussira l’exploit de terminer sa carrière après 7 victoires dans le Tour sans jamais avoir contrôlé positif. Il faut dire que le conte de fée était trop beau. Armstrong avait triomphé du cancer pour devenir le plus grand coureur de tous les temps. Il avait ainsi permis la métamorphose du cyclisme en un sport mondialisé hautement lucratif.

La chute d’Armstrong fut aussi brutale qu’inattendue plusieurs années après la fin de sa carrière. Quelques semaines auparavant, il se moquait encore ouvertement de ses accusateurs. Malheureusement pour lui, il était tombé sur l’Eliot Ness de l’anti-dopage, l’incorruptible dirigeant de l’agence américaine anti-dopage Travis Tygart. Aux termes d’une enquête minutieuse, l’USADA réunit des preuves irréfutables. Armstrong pouvait continuer à nier mais le parjure aux États Unis mène directement en prison. Il choisit donc de passer aux aveux. La machine infernale se mit en route : interdiction de toute compétition, perte de tous ses titres, départ de ses principaux sponsors et même exclusion de sa fondation de lutte contre le cancer. Il passa du jour au lendemain de héros à banni.

ARMSTRONG : APRES LA CHUTE, LA RECONSTRUCTION DE SON IMAGE

Armstrong est un coriace, un dur au mal. Il avait perdu ses titres, lui restait à préserver son image. Il ne serait plus le super-héros qui avait vaincu le Tour et le cancer, promis à un bel avenir politique comme potentiel futur gouverneur du Texas. Il serait à jamais un « bad guy ». Mais il existe deux catégories de « bad guy » : « le bad guy loser » méprisé, piétiné, condamné au mépris et à l’oubli (exemple Marion Jones : double championne olympique du 100 mètres contrôlée positive, elle a fini en prison et ruinée) ou le « bad guy populaire » qui joue avec ses grands défauts pour être aimé ou détesté (exemple John Mc Enroe ou Bernard Tapie).

Le « bad guy populaire » s’en tire toujours. Armstrong était bien déterminé à entrer dans cette catégorie. Il mena à cette fin une habile campagne de communication. Il commença par l’incontournable acte de contrition public dans le talk-show d’Oprah Winfrey : « Je vois cette situation comme un gros mensonge que j’ai répété de nombreuses fois. J’ai pris ces décisions, ce sont mes erreurs. Je suis profondément désolé pour ce que j’ai fait ». Faute avouée est à moitié pardonnée.

Il joua ensuite la carte des réseaux sociaux s’appuyant sur les plus de 2 millions de followers de ses comptes Facebook et Twitter. Il y façonna sa nouvelle image : une dose de sport, une dose de repentance, une dose de lutte contre le cancer, une dose de patriotisme et une dose de tacles bien appuyés sur le monde du cyclisme. Il fit ainsi passer de manière subliminale le message qu’il s’était dopé…. comme les autres. Il faut bien dire que l’histoire du cyclisme lui donne raison sur ce point. Il omet simplement de dire qu’il avait lui été beaucoup plus loin dans l’industrialisation du dopage.

Cette stratégie a été payante. Armstrong rôde de nouveau autour du Tour. Une chaîne américaine lui a proposé de faire des podcasts commentant la Grande boucle. Il s’y positionne en expert repenti du cyclisme. Comme à son habitude, il décrypte mais surtout il balance égratignant sans ménagement ses détracteurs en particulier les dirigeants du Tour. Et le programme cartonne, « bad guy populaire » vous disais-je! Chris Froome est à son tour contrôlé positif. L’occasion est trop belle. Armstrong glisse insidieusement « Même s’il n’est pas suspendu, le mal est fait et son image est ternie pour toujours».

ARMSTRONG : UN ACCORD AVEC LA JUSTICE POUR SOLDE DE TOUT COMPTE

Mais le temps de la justice et le temps médiatique ne sont pas les mêmes. L’US Postal le sponsor de ses grandes années lui réclamait 30 millions de dollars. L’US Postal est un service public américain. La loi américaine prévoit qu’en cas de fraude à un service public, l’Etat américain peut réclamer le triple de cette somme. Une épée de Damoclès à 100 millions de dollars pesait donc au dessus de la tête d’Armstrong. Il tomberait alors irrémédiablement dans la catégorie loser. Armstrong bientôt ruiné titraient les journaux assoiffés de sang à l’annonce en février 2017 d’un procès à venir.

A quelques semaines de l’ouverture du procès, la montagne a accouché d’une souris. Mercredi, les avocats d’Armstrong annonçaient avoir trouvé un accord transactionnel avec l’Etat Américain pour un montant de 5 millions de dollars, une broutille par rapport à la demande initiale et surtout par rapport à la fortune d’Armstrong estimée à près de 70 millions de dollars. L’US Postal n’a pas voulu d’un nouveau procès public à un moment où elle se bat pour sa survie. Les avocats d’Armstrong auraient eu beau jeu de montrer qu’Armstrong avait été une excellente affaire pour la poste américaine ternissant l’image de l’US Postal. Le sport américain a préféré laver son linge sale en famille.

Le « bad guy » a encore gagné, le tricheur restera riche. Je suis sûr qu’on le reverra sur le Tour de France arrogant et donneur de leçon. Il ne cache d’ailleurs pas sa joie : « Je suis particulièrement satisfait d’avoir fait la paix avec US Postal. Même si je trouvais la procédure injustifiée et injuste, j’essaie depuis 2013 d’assumer mes responsabilités pour mes erreurs et de faire amende honorable quand c’est possible. Je suis heureux d’avoir résolu cette affaire et de pouvoir avancer dans ma vie ». Il peut maintenant tourner la page… à moins qu’un autre scandale ne le rattrape. Le journaliste sportif Philippe Brunel écrivait cet hiver un livre très documenté soutenant qu’ Armstrong aurait également utilisé un moteur sur son vélo mais sans en apporter de preuve formelle. Affaire à suivre….

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