La femme qui valait 1 milliard

Préparez vous. Dans cet article, nous allons brasser des milliards au cœur de l’économie numérique, des médias et de la jeunesse mondialisée avec la rencontre explosive entre Snapchat le dernier réseau social à la mode et Kylie Jenner la petite dernière du clan Kardashian.

Snapchat est une application de partage de photos et de vidéos. Son principe en est simple : comme dans Mission Impossible photos et vidéos s’auto-détruisent après avoir été visionnées. Je n’en vois pas bien l’intérêt mais il doit être fort quand je vois l’énergie déployée par mes filles pour renouveler leurs flammes et suivre des « stories sur Snap ». Snapchat, c’est le réseau social des adolescents qui a ringardisé Facebook auprès des millenials. Il s’ensuit une success story à l’américaine : tentatives de rachat par Facebook et Google pour plusieurs milliards de $ puis finalement introduction en bourse pour une capitalisation de 30Md$ et une rémunération record en actions de 640M$ pour son patron.

Mais si Snapchat est le réseau social prometteur de demain, il est aujourd’hui un gouffre financier avec des pertes cette année de 3.5 Md$ pour un chiffre d’affaires relativement modeste de 800M$. La valeur de Snapchat tient donc exclusivement en la croyance par les investisseurs de lendemains qui chantent pour le réseau social. C’est autour de cette croyance que va se nouer l’intrigue de notre histoire du jour.

La famille Kardashian / Jenner exhibe sa vacuité à la télévision américaine depuis des années pour le plus grand bien en tout cas financier de ses membres : la fortune totale de la famille dépasse les 500M$ dont les fameux diamants de Kim. Dans cette famille, je voudrais la dernière fille. Bonne pioche, Kylie Jenner 20 ans a déjà tous les talents familiaux. Mannequin et entrepreneuse de talent, elle a lancé avec un immense succès sa marque de cosmétique. Kylie Cosmetics après un an d’existence atteint près d’1 Md$ de chiffre d’affaires (plus que Snapchat d’ailleurs). De quoi faire pâlir les marketeurs des L’Oréal, Revlon…. Sa fille à peine née, elle lui dédie avec culot une ligne de cosmétiques. Les adolescentes se l’arrachent. Kylie possède aussi les tares familiales. Elle a réalisé sa première opération de chirurgie esthétique à 17 ans pour avoir des lèvres plus pulpeuses. Elle enchaîne les relations amoureuses tumultueuses avec différents rappeurs au look patibulaire.

Il faut dire que Kylie est une championne des réseaux sociaux. Avec plus de 100 millions de followers sur Instagram, elle est dans le top 10 mondial. Un événement aussi majeur pour l’avenir de l’humanité que sa première photo postée sur Instagram avec son bébé y détient le record de 16 millions de likes. Snapchat est le réseau des adolescents. Elle y est naturellement la numéro 1. C’est donc un coup de tonnerre quand Kylie a tweeté jeudi soir à 22h50 à ses 25 millions de followers « sooo does anyone else not open Snapchat anymore? Or is it just me… ugh this is so sad. » . La star des adolescents n’utilise plus Snapchat. Le résultat est immédiat. Le lendemain à la bourse, l’action perd immédiatement 6%, 12 mots sur Twitter et 1.3Md$ sont partis en fumée. Kylie par ces quelques mots a fissuré la conviction d’un avenir radieux pour Snapchat et a mis le projecteur sur les difficultés actuelles de l’entreprise.

Les starlettes dans l’histoire ont toujours eu un pouvoir d’influence important. Souvenons-nous de Cléopâtre. Notre époque n’échappe pas à cette loi. Nul doute avec son sens du business avisé que Kylie devrait rapidement redevenir une ambassadrice de Snapchat en échange d’un joli chèque… L’enjeu pour Snap est trop important. Elle a d’ailleurs déjà commencé à nuancer avec un second tweet : « Je t’aime toujours snap… mon premier amour »…. Kylie la femme qui valait 1 milliard.

Sushi schuss ski

Après une journée de ski, rien de tel qu’une bonne raclette/tartiflette/fondue/viande des grisons. Je descends donc faire les courses et reviens au chalet avec….. un chirashi mariné de chez Sushi Shop comme à la maison. Les sushis en 20 ans ont conquis la France sans que les Japonais n’y soient pour grand chose.

Le Sushi est le met phare au Pays du Soleil Levant. Il s’y décline sous d’innombrables formes et donne lieu à un rituel raffiné de dégustation. C’est donc naturellement que votre Sushyia vous invite à partir pour un voyage au pays du Soleil Levant : décoration nippone, idéogrammes calligraphiés, dessins de dragons et surtout les fameux cuisiniers « japonais » qui confectionnent méticuleusement les sushis devant vous. Méticuleux, « les japonais sont des fourmis » nous avait bien dit Edith Cresson 1ère Ministre. Curieux, l’immigration japonaise en France demeure confidentielle. D’où viennent donc ces cuisiniers japonais? De Chine bien sûr ou du Viêt Nam…. Mais bon, ils ont les yeux bridés, alors pour nous Européens….

Les Chinois ont d’ailleurs joué un rôle central dans l’expansion du sushi en France. Nous sommes en 2004 et un reportage d’Envoyé Spécial met le doigt sur les problématiques d’hygiène dans les restaurants chinois et sème le doute sur toute la filière. La fréquentation s’effondre immédiatement de 20% à 30%. Mais les Chinois ont l’esprit d’entreprise. Ils ont alors l’idée géniale de transformer massivement leurs restaurants en resto japonais. Des entreprises naissent proposant la transformation clé en main du « Tigre de Jade » en « Délices de Kyoto ». En moins d’une semaine, tout y passe : menu, enseigne, tenue des cuisiniers, décoration. Les prix augmentent de 25% et la marge aussi. Le sushi business vient de naître. Le nombre de restaurants à Sushi est multiplié par 5 en quelques années.

Intéressons nous de plus près à mon Sushi Shop préféré leader du marché en France. L’enseigne a été fondée par le célèbre chef Shiro Kobayashi…. mais non je plaisante. Son fondateur est Gregory Marciano avec son associé Hervé Louis. Revenant des États Unis où il a découvert les Californian Rolls, il a l’idée d’ouvrir un magasin de sushi avec vente à emporter dans un quartier huppé de l’Ouest parisien. Le succès est immédiat et quelques années plus tard avec l’aide du 3ème associé expert de la franchise, Sushi Shop dépasse les 100 restaurants.

Le filon est juteux mais la guerre du Sushi fait rage avec les frères ennemis de Planet Sushi. Elle s’accentue quand Carrefour lance son Sushi corner dans tous ses hypermarchés. Nos 3 associés de Sushi Shop décident alors de monter en gamme. Ils s’éloignent du Japon en s’associant à de grands chefs français : Thierry Marx, Anne Sophie Pic ou encore Cyril Lignac inventeur du sushi… au foie gras. Et ça marche. La trahison du samouraï par le sushi mondialisé était en route. Ne restait plus qu’à inventer le sushi Tex-Mex. Je n’y croyais pas mais Sushi Shop l’a fait avec son savoureux taco sushi. Le samouraï s’est fait hara-kiri mais moi demain je me fais sur les pistes un pique-nique royal avec saucisson et taco sushi.

Curling

Jeux Olympiques d’Hiver PyeongChang Corée, le plaisir de retrouver le rituel des Jeu, sa cohorte de sports insolites et leurs athlètes anonymes en quête de gloire. Aux JO d’été j’ai un petit faible pour le cheval d’arçon, le pentathlon moderne ou encore le 3000m steeple où les pauvres coureurs doivent franchir des obstacles manifestement conçus pour des chevaux. Mais les JO d’hiver font beaucoup plus fort avec le roi des sports burlesques : le curling.

Le curling est une espèce de pétanque sur glace. Le lanceur quasiment couché sur la glace envoie une pierre en granit d’une vingtaine de kilos vers la cible. Les balayeurs fous se mettent alors en action pour accélérer ou modifier la trajectoire de la pierre pour positionner le plus près possible du centre de la cible ou pour dégager la pierre de l’adversaire. L’agitation frénétique de ces balayeurs prête à sourire et nourrit les moqueries. Cette vidéo m’a bien fait rigoler.

A quoi tient le destin d’un homme? Comment devient-on le balayeur de l’équipe olympique de curling? En quoi consiste son entraînement? Pour en savoir plus, je suis allé sur le site de la Fédération Internationale de Curling qui compte une cinquantaine de pays adhérents. Destin suite, Monawarshah Shazad est le président de la Fédération Afghane de curling. Comment devient-on président de la Fédération Afghane de curling? Comment pratiquer ce sport en Afghanistan? Le sport est-il aprouvé par les talibans? Il y a sans doute toute une histoire à découvrir. En tout cas les sourires font plaisir à voir.

Mais revenons au curling. Un tel jeu ne pouvait naître que dans l’esprit malicieux de nos amis d’Outre-Manche en l’occurrence en Écosse là où il fait froid l’hiver. Sa création remonte au 16ème siècle. Le curling est donc une vieille dame britannique pleine de principes et de traditions à commencer par le fair-play formalisé dans un code d’éthique. « Les règles du fair-play sont toujours de mise dans le curling. C’est une joie d’observer les traditions ancestrales appliquées dans l’esprit du jeu. Les curleurs jouent pour gagner, mais jamais pour humilier leurs opposants. Un vrai curleur préférera perdre plutôt que de gagner malhonnêtement. Un bon curleur ne tente jamais de distraire un adversaire ou de l’empêcher de jouer à son meilleur niveau. Aucun curleur n’enfreint délibérément une règle du jeu ni ne porte atteinte à ses traditions. S’il le faisait par inadvertance et s’en rendait compte, il serait le premier à l’annoncer. L’esprit du curling exige ainsi sportivité, respect, amitié et conduite honorable. » Il est ainsi de bon ton que l’équipe gagnante laisse au moins un point à son adversaire.

Derrière une telle étiquette devait se cacher une vraie discipline. Je décidais donc de creuser l’aspect sportif du curling. Confidentiel en France, il est pratiqué par près d’1 million de personnes au Canada. Dans le journal La Croix, Karine Caux présidente du club de Chamonix et ancienne « balayeuse » de haut niveau déclarait  » Je ne compte pas les fois où je me suis fait traiter de femme de ménage ! D’abord, c’est insultant pour le travail de ces dames et, ensuite, c’est stupide. Que ceux qui se moquent de nous viennent essayer, ils verront que c’est un sport aussi exigeant que le biathlon. Le balayage (pour accélérer la vitesse de la pierre sur la glace) suppose une énorme débauche d’énergie  » Il faut dire que la fameuse cible est distante de 42 mètres, deux fois plus loin que les quilles du bowling. Et puis regardez bien la photo ci-dessous notamment le regard du curleur. Elle illustre mieux qu’un long discours l’élégance et la technicité du geste du lanceur.

Le jeu requiert habileté et tactique. Les parties y sont acharnées. Elles peuvent durer jusqu’à 2h30. Tout se joue souvent sur la dernière pierre décisive. J’avais abordé cet article sur le curling avec un ton railleur. J’ai en fait découvert une vraie discipline, un véritable jeu de go sur glace pratiqué par des passionnés. Les curleurs jouent d’ailleurs avec humour l’apparence ridicule de leur sport à l’image de l’équipe norvégienne arborant aux JO ces kitschissimes pantalons chamarrés. Longue vie au curling olympique.

La bosse singapourienne des maths

En France, on n’a pas de pétrole mais on a des idées. Nous sommes le pays de Descartes, de Pascal, du bac scientifique voie royale, de Polytechnique et de Normale Sup. Nous sommes donc évidemment et sans contestation possible les champions du Monde en maths.

Malheureusement comme le disait déjà mon vieux prof de maths M. G.. il y a 30 ans : « le niveau baisse…. Au début de ma carrière, les élèves de 6ème savaient calculer des dérivés… » Même refrain entendu la semaine dernière à la réunion parent-prof de la part du prof d’une de mes filles. Le fameux niveau à force de baisser a fini par se crasher. Au dernier classement PISA, la France n’occupait qu’une peu flatteuse 24ème place sur 44 pays de l’OCDE bien loin du peloton de tête.

Comment inverser la tendance se demandaient tous les esprits de géométrie de notre beau pays? Emmanuel Macron confia une mission au mathématicien médaille Fields et député LREM Cédric Villani : un étrange personnage au look improbable cheveux mi-longs portant une Lavallière et une araignée accrochée à sa veste, mélange entre Karl Lagerfeld et Severus Rogue. Objectif de cette mission : faire remonter l’Hexagone (polygone : figure géométrique dont les côtés adjacents sont de même longueur) dans le classement PISA.

Drôle d’idée que cette mission : c’est un peu comme si on confiait à Mozart une mission sur l’apprentissage du solfège ou à Sébastien Loeb la refonte des auto-écoles. Le petit Cédric effectuait déjà à l’âge de 8 ans des doubles intégrales. Arriverait-il vraiment à se mettre à la place du cancre paralysé devant le problème suivant : Dans ma ville, il y a 2 000 habitants,1/5 sont des enfants, 2/8 de ce qui reste sont des femmes. Combien y a-t-il d’hommes dans ma ville ? et à résoudre l’équation à plusieurs inconnues de leur détresse face aux chiffres? J’en doutais ayant moi-même donné des petits cours de maths et constaté mon déficit de patience face à certains de mes élèves désemparés.

Le rapport a été remis aujourd’hui et fait la une de la presse. Il passionne démesurément les médias. L’élite française ne saurait se résoudre à la médiocrité mathématique. Le Ministre de l’éducation nationale a sans doute dû s’étrangler en entendant Villani indiquer que notre problème était avant tout une question de moyens : il fallait plus de profs et mieux payés… De quoi alimenter les discussions à venir avec les syndicats enseignants!!!!!

En bon mathématicien, Villani a consulté le classement PISA : numéro 1 incontestable Singapour. Tout le monde s’est donc entiché de la méthode dite singapourienne présentée comme le remède miracle. Je me suis donc penché sur cette fameuse méthode. Elle s’appuie sur un apprentissage en 3 étapes : modélisation, approche concrète imagée abstraite, verbalisation. Vous n’avez rien compris. C’est normal, il faut un peu de jargon pédagogique pour faire sérieux. Prenons donc un exemple pour apprendre 4 X 2 : modélisation 4 groupes de 2 billes, approche concrète imagée abstraite 4 groupes de 2 points. Vient ensuite l’étape abstraite à laquelle nous sommes habitués. Pour en savoir plus : https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Méthode_de_Singapour

Je ne suis pas en mesure de juger de la pertinence de cette méthode. Elle semble plutôt pragmatique et s’inspirer des « best practices » est toujours positif. Mais je connais le mal français : l’illusion que cette belle théorie telle une baguette magique venue d’Orient transformera notre citrouille en carrosse. Tout se jouera dans la mise en œuvre et dans la capacité de l’éducation nationale à embarquer et former les enseignants à la démarche. C’est le cœur de l’enjeu. Et puis on mentionne peu ces derniers jours que les Singapouriens n’ont pas vraiment un sens de la discipline post soixante-huitard : les coups de canne à l’école font aussi occasionnellement partie de la méthode singapourienne…..

C’est qui le patron

Après le beurre et le Nutella, continuons notre petit déjeuner. Je vous emmène dans l’univers impitoyable du lait. Ici le prix de la brique de lait se joue au centime. Pas question pour un hypermarché d’être quelques centimes plus chers que son concurrent sur un tel produit d’appel. Le cours de la brique de lait en marque de distributeur s’établit donc aux alentours de 0.80€. La redoutable mécanique de la concurrence se met en route. Objectif gratter du centime. Schématiquement le distributeur met une pression d’enfer sur le transformateur de lait qui met lui-même une pression d’enfer sur l’éleveur, se traduisant par une chute régulière du revenu des éleveurs et une concentration continue du nombre d’exploitations : plus de 150.000 exploitations en 1995, moins de 70.000 aujourd’hui.

Quelques centimes, c’est peut-être un détail pour vous et pour moi éleveur ça veut dire beaucoup. Quelques centimes, c’est peut-être un détail pour toi bourgeois parisien mais dans la lutte contre la vie chère, ça veut dire beaucoup pour les français lui rétorque Michel Edouard. Les années passent, les hommes politiques tripotent le cul des vaches au salon de l’agriculture et le malaise des éleveurs s’accroît et rien ne semble pouvoir briser cette malédiction du centime.

Et puis dans mon Monoprix préféré, je tombe l’autre jour par hasard sur la brique de lait « C’est qui le patron » qui se vend au luxueux prix de 0.99€/ litre et fait une promesse originale : juste rémunération au producteur. Intrigué par cette promesse et ayant le privilège de pouvoir m’offrir les 0.20€ de plus-value pour une brique de lait, j’achète ce produit et je file sur Internet méfiant.

Je découvre alors la démarche originale initiée par Nicolas Chabanne créateur de la marque « C’est qui le patron ». Un panel de 5000 internautes a déterminé le cahier des charges de la brique de lait. On part d’un lait basique à 0.80€ et on choisit ses attributs : absence d’OGM +X centimes, bêtes élevées en pâturages +Y centimes, revenu décent pour l’éleveur +Z centimes, congés pour l’éleveur… donnant naissance au lait « C’est qui le patron ». Le site Internet détaille les étapes de fabrication de ce lait. Passionnant!!!

https://lamarqueduconsommateur.com/produits/lait/

La démarche est tellement géniale qu’elle cartonne. Finalement il n’y a pas que les bourgeois parisiens qui sont prêts à payer 20 centimes de plus. Plus de 30 millions de litres de lait vendus en un an, le produit est désormais présent sur les étagères de tous les distributeurs. Beurre, pizza, jus de pommes, barquette de fraises, steaks hachés… une gamme complète se décline dans les rayons.

Mais la culture du centime a la vie dure et l’économie de marché de formidables ressorts. Intermarché (les champions du Nutella) lance son propre lait appelé de manière originale « Merci » à 0.88€ s’engageant sur une rémunération supérieure de l’éleveur. « Merci le patron » songe déjà à baisser son prix. Souhaitons que l’éleveur ne finisse pas par en pâtir. À suivre…

Deep fake

En 2016 dans le film Rogue One de la saga Star Wars, le Grand Moff Tarkin terrible commandant de l’Etoile Noire dialogue avec la jeune princesse Leia âgée de 20 ans… alors que l’acteur Peter Cushing est décédé en 1994 et que Carrie Fisher (décédée depuis) n’est plus de la première jeunesse. Une résurrection numérique permise par la prouesse technique de la société d’effets spéciaux de George Lucas. Le résultat est quasi-parfait mais a demandé des mois de travail et les moyens financiers de Lucas Film (le budget du film est de 200M$) mais suscite la polémique. Devant la levée de boucliers, Disney s’engage à n’utiliser cette technique qu’avec modération.

2018 un internaute anonyme recrée une partie de la scène en quelques minutes avec son ordinateur personnel et sans dépenser un centime. Il a pour cela utilisé l’application Deep Fake de Reddit gratuite et accessible à tous. Cette application utilise les technologies « Deep learning » d’intelligence artificielle. Grâce à Deep Fake, il devient ainsi possible à tout le monde (un peu geek quand même) de substituer dans une vidéo n’importe quel visage par un autre. Vous rêviez d’être Vivian Leigh avec sa fameuse robe dans « Autant en emporte le vent ». Un coup de Deep Fake et c’est presque fait vous voilà au bras de Clark Gable.

Depuis la sortie de Deep Fake, la toile est en ébullition. Une communauté de 70.000 « deepfakers » teste les potentialités du programme. Malheureusement les geeks américains (souvent des adolescents ou post-adolescents à tendance acnéique) ne sont pas vraiment romantiques. Deep Fake aura donc eu comme première application le « fake porn » : faire jouer virtuellement ses stars préférées ou sa voisine dans des vidéos porno. Je vous parlais il y a quelques mois du film Wonderwoman interprété par la belle actrice israélienne Gal Gadot. Elle est bien malgré elle devenue l’héroïne d’une vidéo porno visionnée plus d’1 million de fois.

Bienvenue dans le monde du Fake. Il y a d’abord eu Photoshop permettant de faire des « fake pictures ». Il y a ensuite eu Snapchat où mes filles se transforment au gré du filtre du jour en catwoman ou en lapin. Il y a enfin eu Donald Trump avec ses fake news (selon le principe vieux comme le monde que plus on ment, plus il faut dénoncer le mensonge des autres). Il y aura désormais les fake vidéos bientôt indécelables des vraies. Comme à chaque fois, des gogos, des pigeons ou des malchanceux y laisseront des plumes, des illusionnistes prospèreront. Mais aussi comme à chaque fois, nous nous adapterons pour distinguer le faux du vrai : le 1er fake pigeon voyageur a trompé son monde, pas le 2ème. Je connais une start-up prometteuse Digiactivity qui accompagne nos adolescents sur ce chemin. C’est l’éternelle dialectique entre l’épée et le bouclier. Avec le numérique, la vitesse d’évolution du bouclier est exponentielle. Le bouclier de l’esprit humain évoluera-t’il suffisamment vite?

Émeute au Nutella

Il s’en passe des choses dans nos hypermarchés. Il y a quelques mois, je vous parlais des pénuries de beurre suite à l’affrontement entre producteurs et distributeurs. L’impitoyable monde des grandes surfaces alimentaires est de nouveau en effervescence. Émeutes en série chez Intermarché. À l’origine 3.29€ soit la différence entre 4.70€ prix normal d’un pot de Nutella et 1.41€ le prix promo à -70% affiché par le distributeur. Attroupement et cohue dès la mise en rayon.

Il faut dire que le Nutella est un produit passionnel. Personnellement, je trouve ça dégueulasse. Mais si je dis cela à mes filles, je me fais conspuer. Il suffit de prononcer l’expression crêpes au Nutella pour susciter chez elles excitation et enthousiasme. Je les vois bien se battre pour en manger à la cuillère. Pour d’autres, le Nutella est un produit du diable. Il concentre toutes les tares de l’industrie agroalimentaire : son ingrédient principal est l’huile de palme, il est hyper-calorique et trop sucré, bref une catastrophe en termes de bilan environnemental et un déclencheur d’obésité de masse.

Paradis pour les uns, enfer pour les autres, il n’en fallait pas plus pour que quelques bousculades déchaînent les passions (le terme émeute largement repris dans la presse est largement exagéré). Certains sociologues (plutôt à gauche mais c’est un pléonasme) en ont tiré de grandes analyses sur la paupérisation d’une partie de la population pour qui le Nutella serait devenu un produit de luxe. On a vu fleurir des statistiques et des cartes géographiques corrélant les lieux du crime et le niveau de vie des quartiers alentours. C’est sans doute en partie vrai mais un peu hâtif. Je pense que ça aurait aussi pu jouer des coudes dans mon prospère Monoprix.

J’y vois surtout une nième dérive de la société de consommation qui joue trop avec nos désirs. Cette histoire de Nutella est la transposition à l’âge adulte des bousculades entre gamins pour accéder au plateau de bonbons. Jetez un morceau de pain dans l’eau et vous verrez les poissons se battre pour l’attraper. Intermarché a joué de manière malsaine avec nos pulsions primaires. Mais j’ai peur qu’on ne retienne surtout que c’est le coup marketing de l’année. La DGCCRF dira si Intermarché a contrevenu aux règles sur la revente à perte ou s’il a utilisé à son avantage la législation sur les soldes.

Et puis j’ai une petite pensée pour le directeur commercial de Nutella qui a dû passer quelques jours intenses.