Moon Boot

Aujourd’hui tempête de neige. Je ne peux sortir sans mes increvables « Moon Boot ». « Tes chaussures sont bizarres Papa » s’écrie ma fille. « Ce sont les chaussures des astronautes sur la Lune? ». Me voici donc à leur conter l’histoire incroyable de ces chaussures lunaires.

Les bottes originales de Neil Armstrong et Buzz Aldrin ont été laissées sur la Lune. La Moon Boot naît dans un pays de créateurs géniaux mais qui n’a jamais connu d’astronautes. La Moon Boot est le western spaghetti de la chaussure, un concentré de rêve américain « Made in Italy » créée en 1969 par un entrepreneur Giancarlo Zanatta dirigeant de l’entreprise Tecnica.

Le succès est immense dans les années 70/80 pour ces bottes aussi confortables qu’encombrantes : botte unique pied droit pied gauche et système de laçage permettant à un seul modèle de couvrir 3 pointures. Tecnica continue d’ailleurs à innover dans les années 70 contribuant à la création de la chaussure de ski moderne. Le succès de la Moon Boot échappe d’ailleurs à ses créateurs plus ingénieurs passionnés de montagne que créateurs de mode. Il s’en vend plus de 25 millions de paires et la Moon Boot est sélectionnée parmi les 100 objets iconiques du 20ème siècle. Elle tombe ensuite en désuétude remplacée par des bottes à neige plus ergonomique.

Mais à partir de 2010, Moon Boot revient en force surfant sur la mode vintage. Elle subit un véritable lifting avec une forme anatomique plus près du pied. Les marques s’en emparent et la déclinent avec brio : arc en ciel, dorée, recouverte de fourrures. Elle s’invite sur les podium des défilés de mode, Louis Vuitton, Dolce Gabana, Chanel, tout le monde veut sa Moon Boot. On voit ainsi Paris Hilton en porter en pleine ville. La chic station suisse de Villars sur Ollon a même ouvert une très branchée Moon Boot lounge. On a fêté un ironique retour à l’espace avec les magnifiques Moon Boot Star Wars. Elle devient aujourd’hui un véritable concurrent des célèbres Ugg. À quand son arrivée dans les cours des lycées et collèges?

Un passionné a retrouvé le moule des véritables bottes lunaires et les a recréées. La boucle est bouclée : de l’espace à la neige en passant par la mode.

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Folie douce ou dure folie des hommes

Grand beau temps, sommets dégagés… Mon Dieu que la montagne est belle… comme dans la chanson. Indescriptible, on retrouve d’ailleurs peu la montagne dans la peinture ou littérature. Le froid vous prend aux joues, le souffle du grand air, le silence. Et soudain boum, boum, boum, un son de musique techno dans le grand cirque blanc. Par un caprice de l’acoustique, le vacarme émis par le restaurant-bar « La Folie Douce » faisait écho sur l’autre versant bien loin des lieux du crime et se mit à gâcher ma pause contemplative.

Intrigué et appâté par le buzz autour de ce lieu, je me suis rendu à la « Folie Douce ». À l’entrée, je me heurte à un groupe d’Anglais bourrés ce qui ne fait que renforcer mes a priori sur cette verrue dans la montagne. L’intérieur est surprenant, bien loin du vulgaire Club en plein air auquel je m’attendais. Le lieu mise sur les codes du luxe branché. Après les stations de ski, il s’est d’ailleurs implanté à Deauville et à Cannes. Le décor est léché, intérieur en bois et tables design. Le lieu est intégralement »brandé » avec logo soigneusement dessiné et boutique complète de produits dérivés. Mais l’essentiel n’est pas là. La Folie Douce c’est un lieu de fête orchestrée de manière professionnelle. Des DJ en tenues improbables harangue la foule qui danse joyeusement. Il faut reconnaître que le show est entraînant et l’ambiance plutôt sympathique.

Soudain le show s’emballe. La vedette de la fête : une bouteille de Champagne millésimée descend sur un câble dans une petite cage en verre ressemblant à un mini-téléphérique sur la musique de Star Wars et atterrit dans le carré VIP. La mise en scène est originale et spectaculaire mais profondément ridicule. La Folie Douce vient de se dévoiler, c’est la dure folie du pognon, du fric. Les riches ont d’ailleurs leur espace à eux où ils peuvent exhiber leurs agapes vis-à-vis de la plèbe.

Le serpent est incorrigible. Quand nous retrouvons un bout du jardin d’Eden, il est toujours là pour nous tenter. Le serpent de la « Folie Douce » nous attire, nous hypnotise. Ce nom « La Folie Douce » est d’ailleurs démoniaquement génial. Il joue avec nous et nous ferait quitter le paradis blanc. Heureusement la faute ici reste légère mais elle est à mes yeux symbolique de notre trahison de la Nature. Alors comme on dit maintenant dans la plus célèbre des prières « ne nous laissez pas entrer en tentation ».

Johnnymania

Je ne me suis pas précipité pour écrire cet article à la mort de Johnny. Je ne voulais pas écrire, sujet trop évident, trop banal, trop commenté. Mais sa musique trotte dans ma tête comme dans celle des français depuis une semaine. Alors je m’y attaque mais je vous préviens, cet article sera mélancolique à l’image de ce terne après-midi d’hiver « quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle. »

Les média nous ont abreuvé de son immense carrière, un voyage à travers la France des cinquante dernières années, de l’émotion en « tubes ». Personne ne pouvait rester indifférent tant sa musique nous a accompagnés. Phrase entendue communément « Jean d’Ormesson a bien fait de mourir la veille sinon personne n’en n’aurait parlé ». Ça a tourné en boucle : les chansons, les concerts et puis la page people avec les femmes de sa vie. Quel client posthume ce Johnny.

J’étais comme tout le monde triste mais pas bouleversé. Pourquoi cette relative indifférence? Tout est dans ce nom « Johnny Hallyday » un nom qui sonne bien, qui claque mais en même temps le produit du marketing de l’époque où il fallait faire américain. C’est un peu l’histoire de Johnny, l’histoire d’un type ordinaire au talent scénique extraordinaire. Johnny a passé sa vie à se faire exploiter par son entourage. Il a cultivé avec excès les stéréotypes du macho viril : des motos aux faciles conquêtes féminines à gogo. On disait que la somme de son âge et celui de sa compagne était une constante. L’alcool, la drogue, il a tout essayé sans modération y compris face à son public. Dans les années 90, on a fini par se moquer avec la fameuse boîte à coucous des Guignols. Les hommages unanimes oublient ces railleries. Dans les années 2000, le mythe a triomphé.

Johnny c’est l’histoire d’un type ordinaire au talent scénique extraordinaire, une bête de scène au sens propre. Alors comment gérer ce grand écart entre le génie de l’interprète et la banalité de l’homme. C’est tout le drame de Johnny, c’est aussi ce qui a fait sa popularité. C’est ce qui fait ma mélancolie du jour.