Teddy 2024

Magnifique interview de Teddy Riner dans le Monde « Mon corps est usé, j’ai sept ans à tenir. »

http://www.lemonde.fr/judo/article/2017/11/19/teddy-riner-mon-corps-est-use-j-ai-sept-ans-a-tenir_5217142_1556020.html

Teddy fait partie de ces quelques très grands champions planétaires. Il y a Usain Bolt l’homme le plus rapide du monde, Federer le plus grand joueur de tennis de tous les temps. Du haut de ses 2.03m et 140kg, Teddy est lui l’homme le plus fort du monde, une sorte d’Hercule des temps modernes. Vous vous rendez compte l’homme le plus fort du monde, celui que tous les mâles testoronnés veulent vaincre et qui reste debout invaincu depuis 7 ans.

Teddy a tout gagné : double champion olympique, 10 titres de champion du monde. Alors aujourd’hui qu’est-ce qui le fait encore avancer? Évidente question pour le commun des mortels bien incapable de supporter les cadences d’entrainement du sportif de haut niveau. Borg n’arrivait plus à répondre à cette question. Il a arrêté et ne s’en est jamais vraiment remis. La journaliste l’aborde par plusieurs angles dans interview que je vous propose de découvrir.

« Quel plaisir vous procure le judo ?

Ce sport est stratégique. C’est se servir de sa tête pour faire tomber l’adversaire. Je ne regarde pas les combats des autres, j’ai un judo polyvalent qui me permet de répondre à chaque judo, de m’adapter. En France, on pense qu’il faut juste être le plus lourd, le plus grand, le plus fort. Qu’à cause de ça, je n’ai plus d’adversaire en face. C’est faux. Je ne suis jamais sûr de gagner. Sinon, ça ne m’intéresserait pas, je ficherais le camp.

Aux Mondiaux de Marrakech, vous étiez soutenu par un « clan Riner » fort de 70 personnes. Cela compte tant que ça pour vous ? Depuis mes compétitions en cadets, ils ne m’ont jamais lâché. Il n’y a jamais eu moins de cinq personnes. Alors dans ma tête, je n’ai pas le droit de perdre. Les entendre m’encourager, c’est un second souffle.

Quel condensé fantastique d’humanité dans ces quelques lignes! Une incroyable soif de victoire jamais rassasiée, une géniale obsession de toujours faire tomber l’adversaire, une remise en cause à chaque combat, un défi du corps et de l’esprit et le supplément d’énergie qui le fait gagner venant des autres. Une belle et simple leçon de vie. La fin de l’interview est encore plus forte et m’a profondément ému.

Désormais, vous visez les Jeux Olympiques de Tokyo, en 2020. Ceux de Paris, en 2024, ne sont-ils pas trop lointains ?

Les JO 2024, c’est mon but. Là, il n’y aura pas 75 membres de ma famille à donner de la voix, mais 400. Ça va être un truc de fou. Les JO, c’est un moment unique de partage, de joie, de fête. Les jeunes ont sept ans pour se préparer . Moi, sept ans à tenir. Je vais me ménager, faire attention à ma santé, changer d’entraînement, aller chercher des sparring partners à l’étranger, limiter les compétitions. Il va falloir être très intelligent dans la programmation.

Je dois économiser mon corps. Après plus de dix ans sur la scène internationale, il est déjà pas mal usé. Je n’ai plus beaucoup de cartilage, j’ai de l’arthrose dans les épaules et les genoux. On m’injecte un gel contenant de l’acide hyaluronique pour que je sente moins de douleurs, que je « couine » moins… Le sport de haut niveau, c’est ça. Des efforts intenses répétés quotidiennement. Je vais avoir de plus en plus mal, j’essaie de ne pas y penser. La souffrance, c’est le prix à payer. On est un peu masochistes. Si Dieu le veut, je serai là en 2024. Mais je ne fais pas de plans sur la comète. A un moment, le corps, la tête diront qu’ils ne veulent plus. Il faudra tourner la page.

Cette folle projection sur un événement d’une journée qui aura lieu dans 7 ans, une minuscule journée qui va dicter chaque jour de vie pendant 7 ans. Cette anticipation de la souffrance intégrée comme une nécessité. Il sait ce qu’il va vivre. Il connaît le prix de la victoire et l’accepte. Teddy sait sans doute qu’il connaîtra la défaite pendant ses 7 ans mais il n’en parle pas, ne veut même pas y penser. C’est inacceptable. Il s’en remet à Dieu, le colosse demeure un simple mortel dépendant de la finitude de sa carcasse. Il aborde ce septennat avec sagesse et lucidité. Le destin décidera ou non de lui laisser sa chance. Moi je prends le pari, s’il arrive en forme sur le tatami en 2024, personne ne le fera tomber.

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