Yannick 25 ans après

1983 Roland Garros, 1991 Lyon, 2017 Lille. Le temps a fait son œuvre. Le lion a vieilli . Il a perdu son emblématique crinière en dreadlock remplacée pour de tristes cheveux courts grisonnants. Il arbore même d’étranges lunettes rondes qui lui donnent un air mystérieux loin du sex symbol rayonnant de mon enfance.

Après une brillante carrière de chanteur qui l’a conduit aux sommets de la popularité, Yannick a choisi de revenir sur le banc. D’un violent coup de pattes, il a écarté le lionceau Arnaud Clément pour reprendre la place, sa place comme s’il ne l’avait jamais quittée. Il s’était éloigné du tennis mais le démon de la compétition l’a repris avec une seule ambition la gagne. Je me réjouissais de revoir le gourou énergisant, l’homme qui avait fait gagner la France avec des joueurs moyens par sa présence transcendante. J’avais des frissons à l’idée de le revoir accroupi sur le banc dégageant ce halo extraordinaire d’énergie. Mais le lion a vieilli. Il porte les stigmates de la vie. Après l’enthousiasme du premier match avec un génial déplacement aux Antilles, on l’a vu plus sévère et angoissé sur le banc. Il n’a pu éviter la défaite et les blessures de se joueurs.

Le lion est moins fringant mais déteste toujours autant perdre. La vie l’a endurci. Il est moins rayonnant, moins sympathique. Il n’arrive plus à dissimuler son côté tueur derrière son charme. Mais il a tout compris à son époque. Il joue avec les média pour mettre la pression sur les joueurs, le public, la fédération. Il s’est bien rendu compte que ses joueurs sont désormais des hyper-professionnels bien mieux préparés physiquement et mentalement qu’à son époque. Les transcender passe par un accompagnement plus subtil. Il sait qu’il peut y aller plus fort pour les pousser dans leurs retranchements. Il n’a pas hésité à écarter Monfils qui refusait cette exigence, Il a diversifié son registre de coach acceptant de se mettre en retrait à la demande d’un Tsonga en quête de concentration plus que d’énergie. Pendant le double aujourd’hui, il a ressorti la machine à énergie mais brièvement au bon moment et ça a marché. On a pu voir quand il sert les poings qu’il demeure un véritable athlète.

Le vieux lion est moins enthousiasmant mais nous sommes en finale. Alors moi je prends les paris. Demain nous allons gagner. Dans la joie de la victoire, on retrouvera l’espace d’un instant l’homme de Saga Africa. Le vieux lion aura gagné son pari. Mais là c’est le supporter qui parle. Alors à demain.

Dernière minute, on a gagné. Yannick est en pleurs et moi aussi j’ai les larmes aux yeux…. Bravo au vieux lion!!!!!!

Teddy 2024

Magnifique interview de Teddy Riner dans le Monde « Mon corps est usé, j’ai sept ans à tenir. »

http://www.lemonde.fr/judo/article/2017/11/19/teddy-riner-mon-corps-est-use-j-ai-sept-ans-a-tenir_5217142_1556020.html

Teddy fait partie de ces quelques très grands champions planétaires. Il y a Usain Bolt l’homme le plus rapide du monde, Federer le plus grand joueur de tennis de tous les temps. Du haut de ses 2.03m et 140kg, Teddy est lui l’homme le plus fort du monde, une sorte d’Hercule des temps modernes. Vous vous rendez compte l’homme le plus fort du monde, celui que tous les mâles testoronnés veulent vaincre et qui reste debout invaincu depuis 7 ans.

Teddy a tout gagné : double champion olympique, 10 titres de champion du monde. Alors aujourd’hui qu’est-ce qui le fait encore avancer? Évidente question pour le commun des mortels bien incapable de supporter les cadences d’entrainement du sportif de haut niveau. Borg n’arrivait plus à répondre à cette question. Il a arrêté et ne s’en est jamais vraiment remis. La journaliste l’aborde par plusieurs angles dans interview que je vous propose de découvrir.

« Quel plaisir vous procure le judo ?

Ce sport est stratégique. C’est se servir de sa tête pour faire tomber l’adversaire. Je ne regarde pas les combats des autres, j’ai un judo polyvalent qui me permet de répondre à chaque judo, de m’adapter. En France, on pense qu’il faut juste être le plus lourd, le plus grand, le plus fort. Qu’à cause de ça, je n’ai plus d’adversaire en face. C’est faux. Je ne suis jamais sûr de gagner. Sinon, ça ne m’intéresserait pas, je ficherais le camp.

Aux Mondiaux de Marrakech, vous étiez soutenu par un « clan Riner » fort de 70 personnes. Cela compte tant que ça pour vous ? Depuis mes compétitions en cadets, ils ne m’ont jamais lâché. Il n’y a jamais eu moins de cinq personnes. Alors dans ma tête, je n’ai pas le droit de perdre. Les entendre m’encourager, c’est un second souffle.

Quel condensé fantastique d’humanité dans ces quelques lignes! Une incroyable soif de victoire jamais rassasiée, une géniale obsession de toujours faire tomber l’adversaire, une remise en cause à chaque combat, un défi du corps et de l’esprit et le supplément d’énergie qui le fait gagner venant des autres. Une belle et simple leçon de vie. La fin de l’interview est encore plus forte et m’a profondément ému.

Désormais, vous visez les Jeux Olympiques de Tokyo, en 2020. Ceux de Paris, en 2024, ne sont-ils pas trop lointains ?

Les JO 2024, c’est mon but. Là, il n’y aura pas 75 membres de ma famille à donner de la voix, mais 400. Ça va être un truc de fou. Les JO, c’est un moment unique de partage, de joie, de fête. Les jeunes ont sept ans pour se préparer . Moi, sept ans à tenir. Je vais me ménager, faire attention à ma santé, changer d’entraînement, aller chercher des sparring partners à l’étranger, limiter les compétitions. Il va falloir être très intelligent dans la programmation.

Je dois économiser mon corps. Après plus de dix ans sur la scène internationale, il est déjà pas mal usé. Je n’ai plus beaucoup de cartilage, j’ai de l’arthrose dans les épaules et les genoux. On m’injecte un gel contenant de l’acide hyaluronique pour que je sente moins de douleurs, que je « couine » moins… Le sport de haut niveau, c’est ça. Des efforts intenses répétés quotidiennement. Je vais avoir de plus en plus mal, j’essaie de ne pas y penser. La souffrance, c’est le prix à payer. On est un peu masochistes. Si Dieu le veut, je serai là en 2024. Mais je ne fais pas de plans sur la comète. A un moment, le corps, la tête diront qu’ils ne veulent plus. Il faudra tourner la page.

Cette folle projection sur un événement d’une journée qui aura lieu dans 7 ans, une minuscule journée qui va dicter chaque jour de vie pendant 7 ans. Cette anticipation de la souffrance intégrée comme une nécessité. Il sait ce qu’il va vivre. Il connaît le prix de la victoire et l’accepte. Teddy sait sans doute qu’il connaîtra la défaite pendant ses 7 ans mais il n’en parle pas, ne veut même pas y penser. C’est inacceptable. Il s’en remet à Dieu, le colosse demeure un simple mortel dépendant de la finitude de sa carcasse. Il aborde ce septennat avec sagesse et lucidité. Le destin décidera ou non de lui laisser sa chance. Moi je prends le pari, s’il arrive en forme sur le tatami en 2024, personne ne le fera tomber.

Petit plaisir narcissique des réseaux sociaux

Je n’ai longtemps vu aucun intérêt aux réseaux sociaux. Je n’ai pas de compte Facebook. Je n’en ai jamais ressenti ni le besoin, ni l’envie. J’ai vécu son émergence comme une étrangeté. Je n’aime pas beaucoup Twitter où je ne suis guère surpris que l’invective l’emporte sur le plaisir du bon mot. J’aurais pu m’y amuser mais je n’ai pas pris le train au départ. Quant à Instagram, j’écoutais jusqu’à présent avec une certaine distance les comparaisons entre ma fille et ses amies sur leur nombre de « followers ».

Je suis depuis longtemps sur le réseau professionnel LinkedIn. Je m’y suis mis récemment à y écrire quelques posts avec des objectifs pragmatiques et terre à terre : faire connaître des initiatives clé de mon entreprise, les valoriser à travers mon réseau et auprès de nos clients et puis au passage un peu de « personal branding » ne fait pas de mal. Je suis un converti tardif aux réseaux sociaux. Ce qui suit semblera sans doute banal aux aficionados de Facebook de la première heure mais je n’ai jamais entendu personne en parler ouvertement.  

J’ai d’abord découvert qu’un post atteint sans trop de difficultés plusieurs milliers de vues. Je me suis donc pris au jeu. J’ai commencé à compter avec gourmandise les « Likes » comme autant de « on t’aime ». J’ai éprouvé des frissons à chaque franchissement d’un nouveau millier de vues. Je me suis mis à regarder compulsivement plusieurs fois par jour l’évolution du nombre de vues d’un post :  plus 200 vues la dernière heure yes!!!!!

J’avais écouté avec un léger mépris Bernard Pivot se féliciter de ses 700.000 followers sur Twitter. J’y avais vu l’orgueil d’une vieille célébrité qui s’accroche un peu tristement à une gloire passée. Je comprends mieux sa fierté. Les concepteurs des réseaux sociaux ont bien compris les faiblesses de l’être humain, notre besoin infini de reconnaissance pour échapper à notre finitude et ont su l’exploiter. Cela me rappelle ce vieux refrain «  À Cash City, tout le monde veut que tout le monde l’aime mais personne n’aime tout le monde, tout le monde veut que tout le monde l’aime mais personne, personne n’aime tout le monde…. ». 

Je serai désormais généreux en « Like ». 

Du beurre dans les épinards 

Dans ma famille nantaise, j’ai été élevé dans le beurre, demi-sel de préférence. Profession de mon grand-père, on le retrouvait à table avec frites, le melon, une vraie culture du pain-beurre ou plutôt du beurre au pain. Vous imaginerez donc aisément qu’une terrible angoisse s’est emparée de moi quand j’ai entendu parler de pénurie de beurre. Avant de chercher à me comprendre, je me suis précipité dans mon Monoprix. J’ai fait ma réserve du précieux compagnon de mes tartines. Il était maintenant temps de mener l’enquête sur cette soudaine défaillance de nos vaches hexagonales. J’avais le pressentiment d’une nième querelle entre agriculteurs et grande distribution. Je n’avais pas pensé que la mondialisation se mêlerait à cette querelle.

Le beurre a le vent en poupe. Les nutritionnistes ont finalement donné raison à mes aïeux. Le beurre consommé avec modération c’est aussi bon pour la santé. Résultat Mac Donalds a abandonné l’horrible margarine pour la remplacer par du bon beurre et la demande explose aux États Unis. Et puis les Chinois se sont mis aux produits laitiers : le yaourt pour ses vertus en termes de santé puis maintenant le beurre. Ils importent massivement ces produits suite à des scandales sanitaires à répétition sur leurs filières locales. On a ainsi vu des industriels chinois débarquer et investir dans des usines de lait dans les exotiques bourgs d’Isigny ou de Carhaix. Ces nouveaux marchés tombent bien à un moment où la filière laitière française est profondément bouleversée par l’imprudente libéralisation du marché décidée par l’Union Européenne. On se souvient de la grogne des éleveurs contre Lactalis.

Au final, la consommation de beurre au niveau mondial augmentera cette année de près de 5% quand la production est-elle plutôt en baisse. Loi basique de l’offre et de la demande : le cours du beurre a explosé passant de 2500€ par tonne à 7000€ par tonne entre le plus bas en mars 2016 et maintenant. Si on avait dit à mon grand-père qu’il y aurait un jour un cours mondial du beurre à la tonne!!! Pas facile de monter la production car en faisant du beurre, on fait aussi de la poudre de lait et nous croulons sous les excédents de poudre de lait. Ça devient trop technique, je m’arrête là.

Revenons maintenant dans notre petit Hexagone . Le prix de la plaquette de beurre de mon Monoprix n’a pas vraiment bougé. Les distributeurs français refusent toute évolution des prix de leurs marques de distributeurs en cours d’année. Du coup les transformateurs les contingentent préférant exporter leur beurre à de clients qui acceptent de payer. Avec le sens légendaire du dialogue de notre beau pays, la situation est bloquée et les rayons se vident. Les agriculteurs dénoncent une pénurie artificielle générée par ce conflit dont ils risquent à nouveau d’être les dindons de la farce.

Comme toujours, il n’y a certainement pas les méchants distributeurs et les gentils producteurs et transformateurs. On peut simplement constater que les distributeurs pour gagner leur bras de fer sont prêts à priver les consommateurs de produits. La pression médiatique devrait permettre d’aboutir rapidement à des compromis. Mais en arriver là montre un système à bout de souffle. Quelle belle publicité pour les filières courtes!!!

Cette plongée dans le monde du beurre m’a affamé. Il est grand temps d’aller se faire une petite tartine moitié beurre, moitié beurre-miel

(En écho à cet article, je bois désormais du lait qui rémunère au juste prix son producteur. À 0.99€ / l, un vrai produit équitable pas seulement pour les bobos) https://lamarqueduconsommateur.com