Ne tuons pas Stefan Zweig une deuxième fois

Stefan Zweig se donne la mort au Brésil en 1942. Juif autrichien érudit , il aura vu tout son monde s’effondrer. D’abord avec la 1ère Guerre mondiale, lui l’Européen humaniste assiste avec désespoir à la boucherie des tranchées. Grand défenseur de la culture germanique, il voit ensuite le peuple allemand se retourner contre les juifs pour les exterminer. Ce destin tragique d’un grand homme impuissant face à la folie de l’histoire m’a beaucoup touché sans doute en raison de mon admiration pour ses œuvres et son humanisme. 

Revenons maintenant à aujourd’hui. Cameron avait ouvert la boîte de Pandore avec le référendum sur le Brexit. Les Anglais ne voulaient plus de l’Europe. Ils y laisseront sans doute le Royaume Uni. Et puis brutalement la Catalogne est arrivée dans l’actualité. Elle nous a pris par surprise. Barcelone l’Européenne lieu de tournage de l’auberge espagnole, symbole des échanges étudiants « où on se la donne », de l’auberge espagnole pas l’auberge catalane. Nous étions encore dans la compassion des attentats de Barcelone cet été. Nous n’avons pas vraiment prêté attention aux huées de la foule envers les Roi et le Premier Ministre lors de leur déplacement à Barcelone. Le gouvernement espagnol drapé dans une arrogante légitimité a sous-estimé le poids des images attisant la colère du peuple par une violence inappropriée. La machine infernale s’est mise en route. Je crains qu’elle ne s’arrête. Après la Catalogne, l’Ecosse, puis la Flandre, la Lombardie…. et la Bretagne…

 Et puis le vent nauséabond du nationalisme souffle de nouveau sur l’Europe de l’Est. Nationalisme, régionalisme, populisme : Stefan Zweig dans son œuvre décrit admirablement comment Luther remporte une victoire implacable sur l’humaniste Erasme s’appuyant sur ces trois forces. S’ensuivent les tragiques guerres de religion. Ces forces sont à nouveau à l’oeuvre. J’espère que moi et mes enfants ne verront pas leur monde s’effondrer. Les pères de l’Europe avaient ressuscité Stefan Zweig. Ne le tuons pas une deuxième fois.  Il y aurait d’autres victimes. 

Kurdistan et duel de moustachus

Kirkouk ville pétrolière d’Irak reprise sans combat par les forces irakienne : le rêve brisé d’un Kurdistan indépendan!!! BHL s’étrangle dans le Journal du Dimanche. Grandiloquent il dénonce l’abandon lâche par l’Occident des kurdes « L’occident a trahi le peuple kurde, les États-Unis, qui se sont servi des pesmerghas, une fois Daech battu, a laissé tomber le peuple kurde : une histoire d’une tristesse infinie ». Suit un éloge sans nuance du président Kurde Barzani. 

Un détail m’intrigue dans cette histoire. La reprise de Kirkouk s’est faite sans combat. Les redoutables peshmergas kurdes ont abandonné leurs positions sans combatttre. On les décrivait pourtant comme les combattants les plus aguerris de la région. Dans l’Art de la Guerre, SunZu considère la victoire sans combat comme le chef d’oeuvre absolu du stratège. Ici le stratège était iranien avec à la manœuvre un des ses principaux généraux . Il a joué habilement sur la mortelle rivalité entre les deux clans kurdes l’UPK de la famille Talabani et le PDK de la famille Barzani. Les deux familles s’affrontent depuis des décennies. Le héro Barzani n’avait d’ailleurs pas hésité à s’allier à Saddam Hussein pour tenter d’eliminer Talabani. On décrit d’aileurs son gouvernement du Kurdistan comme largement clientèliste et corrompu. Les iraniens ont donc tout simplement acheté les combattants de l’UPK. À une probable défaite militaire, le clan Talabani a préféré espèces sonnantes et trébuchantes tout en jouant un mauvais tour au clan Barzani. 

Il y a deux morales à cette histoire. Il n’y a pas les méchants d’un côté et les gentils de l’autre. Tant que l’Occident raisonnera ainsi dans ces conflits, nous ne ferons que semer le désordre et la guerre. Et puis malheureusement la raison du plus fort est toujours la meilleure… 

Ciel mon radis 

Scène réelle vue dans une entreprise en Région Parisienne

« Pendant une semaine du vendredi 6 au vendredi 13, les 16 personnes qui se seront inscrites seront en charge de la pousse de leur plantation. L’idée est de mixer les gens de différents services et favoriser les échanges lors de l’arrosage, de l’entretien. Les potagers seront installées à l’espace cafétéria au-dessus au restaurant d’entreprise et les deux séances du vendredi seront faites en salle de réunion. Une collation sera offerte aux participants de l’atelier pour plus de convivialité. Ces deux ateliers seront animés par la start-up Ciel mon radis »

Quand j’ai vu ce mail, j’ai cru à une mauvaise blague. D’habitude dans cette entreprise, on cultive les Euros plutôt que le coriandre ou le basilic. Sommes-nous tombés si bas qu’il faille inventer des manifestations grotesques pour créer du lien social? Aller gros ringard réac, sors de ce corps. C’est plutôt sympa cette affaire. L’entreprise s’appelle « Ciel mon radis », elle propose de mettre en place « un bar-radis » et ça se termine en apéro. Rien que pour ça il faut leur donner une chance. Et puis regarde le design de leurs plantations, on voit bien ce qu’ils cultivaient quand ils étaient étudiants les start-upers.

Je voulais m’inscrire mais je n’ai pas eu le temps. Nous avons reçu les photos des ravis, mains terreuses et sourire béats, jardiniers qui eux avaient eu le temps. C’est d’ailleurs intéressant que des personnes revendiquent ouvertement une forme de fainéantise au travail. À moins qu’ils ne soient restés une heure de plus pour rattraper l’heure passée à biner et à bêcher. Dans le même temps, les présentations budgétaires sont nettement moins fleuries. « Le bar-radis » un peu de tendresse dans un monde de brutes. Allons comme disait Candide « il faut cultiver notre jardin. »