Été 2017

 

 

Le mercure est au plus haut. Les vacances se profilent, vraiment bien méritées cette année. Du coup, j’ai la plume qui me gratouille. Banblog est de retour. Il avait pris la poussière enseveli sous le travail du quotidien. Un petit coup de plumeau :  nouveau login et mot de passe. Le voilà prêt à recueillir mes chroniques d’été.

La plume me gratouille. Où va-t’elle me guider pour cette troisième saison des chroniques d’été? Je ne le sais pas tant elle semble douée d’une vie propre.

Une chose est sûre : cet été ne sera pas Pokémon Go. Le jeu s’est évanoui aussi vite qu’il était apparu, signe d’une époque terriblement zappeuse. Macron, Trump, nous avons de nouveaux personnages. Cyberattaque, code du travail, mondiaux d’athlétisme seront en programme imbriqués dans les périgrinations familiales à travers la France…. 

Ah du temps de Guy Roux

Auxerre dernière étape des vacances, un petit Bourges. Déjeuner dans un restaurant aux bords de l’Yonne. Derrière nous déjeunent un très jeune joueur de foot noir de l’AJA et son agent maghrébin. Avec indiscrétion, je tends l’oreille et surprends les bribes de la conversation. 

L’agent a la gouaille et parle beaucoup. Le jeune joueur timide semble peu à l’aise. L’agent va donc passer tout le début du repas à le mettre en confiance. Il lui parle de son talent, de sa maturité, de son ambition pour lui. Puis vient la phase séduction. Tous les vieux trucs y passent. Je veux être présent à tes côtés, pas comme certains agents qui ne sont là qu’au moment des transferts. Je ne veux pas être présent non plus, à toi de me dire.

On commence ensuite à parler gros sous. L’agent sort une énorme ficelle. De toute façon, je ne te coûte rien. Les 10% de ton salaire, c’est le Club qui me les paie directement. Le joueur est rassuré. Il dit à l’agent : « donc ça veut dire que ça n’enlève rien à mon salaire. » L’agent confirme. Tout le monde, il est beau, tout le monde il est gentil.

Mais les choses se corsent. Le joueur lui dit qu’il voudrait jouer à l’étranger. Visiblement ça ne rentre pas dans les plans de l’agent. Face à cette menace, il faut le grand jeu : « Avec ton style de jeu unique, tu n’es pas fait pour les clubs étrangers. Il n’y a pour toi que 2 clubs possibles : Lyon et Monaco. Après tu pourras aller à Barcelone ». L’autre acquiesce. Ouf le danger semble écarté. 

L’agent finit sur des conseils paternels. Tu dois travailler dur pour continuer à progresser. Et puis tu dois commencer à prendre la parole dans le vestiaire. Tu verras, ça viendra naturellement. Donnes toi à fond sur le terrain et l’année prochaine tu seras un titulaire indiscutable à Lyon. Mirage ou réalité, je suivrai la destinée de ce joueur. 

Je vois soudain le fantôme de Guy Roux rôder. Il avait aussi l’ambition de faire de ses joueurs des adultes. Je pense que cette conversation l’aurait mis en colère et qu’il aurait sans doute dégagé l’agent comme les marchands du temple. Ah du temps de Guy Roux…

Coïncidences terroristes

Lecture d’un conte pour enfant. Le pays des héros vit dans la crainte d’une grande menace. On ne sait pas bien ce qu’elle est mais elle est bien là. On demande donc aux habitants d’être vigilant et de ne pas s’éloigner du protecteur château. Spontanément ma dernière s’écrie :  » bah c’est comme à Paris avec les attentats. » 

Plus tard dans la journée, attentats à Barcelone. Un nouveau fou de Dieu a foncé dans la foule avec une voiture bêlier. Émotion mondiale, compassion mais surtout un goût amer qui reste dans la bouche : le sentiment du nième épisode d’un sordide feuilleton. Nous avons appris à vivre avec la crainte de cette menace aveugle mais sans jamais vraiment nous y habituer.

Le lendemain, visite du musée de la résistance en hommage aux maquisards du Morvan. Sur les affiches de propagande nazie, on parle aussi de terroristes mais cette fois à propos des résistants. Un film montre les conditions de vie des maquisards fuyant souvent le STO lors des rudes hivers morvannais. La mémoire du passé permet de relativiser notre actualité.

Richard Orlinski

Nous avions déjà découvert ses statues d’animaux en résine de couleurs en haut des pistes de Courchevel. Elles nous accueillent dans notre visite de la petite ville de Saulieu : crocodile, gorille, panthère rythment agréablement la promenade dans Saulieu. Une de mes amies qui travaille dans l’art ne partage pas notre enthousiasme. Elle s’indigne : « ce sont de pâles copies des œuvres de Xavier Veilhan ». Ne connaissant ni l’un ni l’autre, je ricane sottement. Je fais tout de même une recherche sur Internet et je me rends compte avec stupéfaction que les œuvres d’Orlinski ont indubitablement un lien de parenté avec celles de Veilhan.

Le lion de Veilhan
Le lion d’Orlinski

Je découvre là par hasard une saga où la réalité dépasse la fiction. Richard Orlinski est ce que l’on appelle un sculpteur people. Il compte parmi ses clients les stars du show-business en France comme aux États Unis (Sharon Stone, Pharell Williams). Ses œuvres ornent les hôtels de luxe et sont opportunément présentées dans les lieux touristiques huppés : de Courchevel à Aspen en passant par Saint Tropez. Il est aujourd’hui le sculpteur français qui vend le plus dans le monde. Richard Orlinski est un véritable businessman. Les ventes de ses œuvres se chiffrent en millions de $ et son atelier emploie plus de 100 personnes. Il sait coller à l’actualité créant opportunément un Pikachu lors de la folie Pokémon Go, s’associant avec Disney. On a même vu ses sculptures dans la villa des Anges de la télé-réalité.

Mais l’originalité de ses créations suscite quelques débats : il parle pudiquement d’hommages à de grands créateurs contemporains notamment Veilhan. Il est donc méprisé par le petit milieu de l’art contemporain qui lui ferme les portes des manifestations les plus prestigieuses. Il n’a jamais été invité à la FIAC et quand il y est rentré par la fenêtre, on l’a fait sortir par la porte.

C’est là que le drame commence. Veilhan est lui ce que l’on peut appeler un sculpteur institutionnel. Sa production est, elle, originale et nettement moins prolifique. Il est vendu dans les galeries, les biennales et foires les plus reconnues. Il expose non pas à Saint Trop mais au château de Versailles. Reconnu par ses pairs, il rentre aujourd’hui dans les musées. Les deux hommes ne sont pas du même monde. Goncourt et romans de gare ne se mélangent pas. Un beau jour de 2014, un client de Veilhan a le tort de lui dire qu’il a eu le plaisir d’admirer ses œuvres en haut des pistes de Courchevel. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase : le « maître » confondu avec celui qui lui rend hommage. Veilhan attaque brutalement Orlinski en justice pour contrefaçon, parisitisme et concurrence déloyale. Il lui réclame 2.5 millions d’€ au titre du préjudice subi. Mais Veilhan est débouté par la justice. Le Tribunal a estimé que les artistes avaient des univers distincts, que leurs œuvres ne présentaient pas de similitudes dans le sujet traité et qu’il n’y avait pas de risque de confusion, notamment du fait de la clientèle institutionnelle pour Veilhan et attachée à une volonté de décoration pour Orlinski.

La morale de cette histoire est que l’art est devenu un secteur économique comme les autres. La justice a même entériné par sa décision l’application à l’art d’une notion de marketing de base à savoir la segmentation entre produits de luxe et produits de masse. Autre morale, les deux artistes poursuivent depuis leur fructueuse carrière. Orlinski est plus que jamais un brillant artiste-commerçant prospère. Sculpteur, il est aussi devenu DJ et on l’a vu au Louvre le soir de la victoire d’Emmanuel Macron. Il a même pondu un bouquin « pourquoi j’ai cassé les codes? » dans lequel il fait sa promotion d’artiste maudit non reconnu par ses pairs. Quant à Veilhan, il représente cette année la France à la biennale de Venise dans un joli pavillon . Mais comme dirait l’autre : imagine-t’on Monet chercher à mettre en examen un quidam vendant des peintures en hommage à ses nymphéas sur le marché de Giverny.

Pour en savoir plus sur les croustillants détails de cette histoire : http://aboutart-oscarsterling.blogspot.fr/2014/07/laffaire-xavier-veilhan-richard.html

La France de l’intérieur 

Poursuite de nos vacances dans la France rurale. Nous voici dans l’Yonne à Avallon. L’arrivée dans la ville se fait à travers les vertes collines des contreforts du Morvan. On se croirait sur la géniale affiche « la Force Tranquille » de François Mitterrand*, largement copiée par ses successeurs, allégorique de notre fameuse identité nationale. Comme à Bourges, nous sommes bien là au cœur de la France dans le Duché de Bourgogne à la richesse vantée par nos livres d’histoire.

Avallon est une petite bourgade de 17.000 habitants. À l’entrée de la ville se dresse une imposante galerie commerciale avec son hypermarché Auchan. Comme dans de nombreuses petites villes, ces monstrueux hangars sont devenus le centre névralgique de la cité tuant à petit feu les commerces du centre-ville. Curieusement, on ne les voit pas sur les affiches de nos politiques. Le rayon vin de Bourgogne d’une dizaine de mètres de long y est d’ailleurs relativement impressionnant.

Nous entrons ensuite dans un centre-ville étonnamment riche. La vedette locale Vauban trône majestueusement sur la place principale. La promenade des remparts est charmante et se termine en apothéose à la Collégiale romane Saint-Lazare. Dans une petite ruelle, nous nous arrêtons au petit musée du costume. Une vieille dame courbée nous accueille dans sa demeure ancienne propriété de la famille Condé. Autour d’authentiques costumes des 3 derniers siècles, les sœurs Carton ont disposé un bric-à-brac de tableaux, objets et divers bibelots remplis d’histoire. La propriétaire des lieux nous fait découvrir la collection œuvre de sa vie. Posez lui une question sur n’importe quel objet, elle vous contera une anecdote à ce sujet comme sur ces broderies de l’alphabet de jeunes filles de bonnes familles du 18ème siècle à 25 lettres : le W à été importé d’Angleterre avec les Wagons de chemin de fer.

À l’image de ce musée, notre pays se construit sur une sédimentation d’un bric-à-brac de vieilles pierres. Avallon 17.000 habitants et pourtant quelle densité patrimoniale! La vieille Europe à l’instar de la France est riche de son passé. Notre avenir doit se nourrir de ces vieilles pierres.


* En écrivant cet article, j’ai fait une recherche et l’affiche de la force tranquille a pour arrière plan le petit village de Sermages dans le Morvan à moins de 100km d’Avallon

Pierre Ambroise

CHAMPION DU MONDE DU 800m, il est champion du monde du 800m. Personne pourtant n’avait misé un kopeck sur ce serial loser habitué des 4ème ou 5ème place lors des grands championnats, paralysé par l’enjeu quand il est favori. Mais voilà, il l’a fait, champion du monde dans l’une des disciplines les plus dures de l’athlétisme le 800m.

Pierre-Ambroise c’est d’abord un personnage qui semble tout droit sorti d’une bande dessinée. Sa pointe de vitesse en ferait bien un super héro « The Boss » mais avec sa houppette, il me fait irrésistiblement penser à Tintin. Imaginez Tintin capable de fondre à la vitesse de l’éclair sur Rastapopoulos. C’est Pierre-Ambroise. Et puis ce prénom, ce prénom improbable : Pierre-Ambroise, le prénom d’un preux chevalier du Moyen-Age à l’image de Son lointain ancêtre Pierre-Ambroise de la Forest, Baron de Craon , 1ère Baronnie d’Anjou. Ses parents ont sans doute voulu l’endurcir dans les cours de récréation en l’affublant de cet étrange patronyme.

Ils ont réussi leur coup. Pierre-Ambroise est un dur au mal. Cela lui permet de supporter les souffrances de l’ entraînement pour le 800m avec les terribles exercices dits  « d’endurance lactique » deux termes normalement antinomiques : un enchaînement de 5 courses de 400 mètres avec  5 minutes de récupération entre chaque course. L’objectif de ces exercices est de s’habituer à continuer à courir quand le corps s’empoisonne et au contraire dit stop.

Mais venons en à la course. Ça avait mal commencé pour Pierre-Ambroise. En début de course, il se prend un coup de coude du coureur kenyan façon « dégage petit » mais Pierre-Ambroise est solide et reste debout. Il produit ensuite une accélération brutale au 250m. Le très sérieux Stéphane Diagana lâche dépité « Il part de très loin », sous-entendu « Petit qu’est-ce tu nous fais, tu vas t’effondrer dans la dernière ligne droite et nous refaire une 5ème place ». C’est d’ailleurs ce que croient aussi ses adversaires qui lui laissent un peu de champ. Mais Pierre-Ambroise tient le coup, résiste au retour du polonais archi-favori. Il n’était sans doute pas le meilleur mais « rien ne sert de courir, il faut partir à point… »

Commence alors la 2ème médaille de Pierre-Ambroise, celle de la meilleure interview de l’année. Pierre-Ambroise est ce que l’on appelle un bon client. Son échange avec Nelson est un chef d’œuvre qui se passe de commentaire. À l’entendre on pourrait le croire dilettante. Il nous ferait presque oublier les heures d’entraînement quotidien qui en font aujourd’hui l’homme le plus rapide du monde sur 800 mètres. Chapeau l’artiste!!!!!

http://sports.orange.fr/videos/insolite/l-interview-surrealiste-de-pierre-ambroise-bosse-avec-nelson-monfort-VID0000002pVqf.html

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Petit cirque de province

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle…. et bien allons au cirque!!! Le cirque de l’Atlas est en tournée. Le cirque de l’Atlas comme son nom ne l’indique pas ne présente pas de grands fauves africains. Petit chapiteau, lamas qui broutent l’herbe du bas-côté, nous sommes loin de notre traditionnel cirque hivernal Arlette Grüss avec son numéro hallucinant de motards volants et son grand orchestre. La magie du cirque va-t’elle opérer?

J’ai quelques craintes gardant un souvenir pathétique d’un petit cirque du Sud-Ouest où le triste pelage des animaux le disputait aux tristes numéros des clowns. Ici le cirque est familial avec le père multi-fonction : M.Loyal, dresseur, clown et même garçon de pistes, la mère acrobate et faire-valoir en paillettes du reste de la troupe et le premier fils jongleur et dompteur. Les numéros s’enchaînent sans fioritures. On est revenu à l’essence du cirque, quasiment pas d’accessoires et des classiques mais qui impressionnent toujours comme le numéro de jonglerie : un cylindre, une planche sur le cylindre, le jongleur et ses boules en équilibre sur la planche. C’est basique mais ça fonctionne. Les enfants sont entraînés par la spontanéité du spectacle y compris mon ado. Entre alors en scène le petit dernier de la famille 11 ans qui joue l’apprenti-clown. Les ficelles sont grosses mais sympathiques. Je me prends à glousser. Petit moment de bonheur simple.