Les runners

Run Forrest run… Et oui je cours. Pourtant je déteste ça. Mais je cours quand même. Je vous assure, je déteste vraiment ça. Mais je cours quand même. A chaque foulée, mon corps dit stop. Mais je cours quand même. Dans notre société qui adule le plaisir, le confort, ils courent quand même. Ils souffrent, ils sont rouges mais ils courent quand même. Ils enchaînent dans le même sens autour du Parc Monceau. Inutile de songer à la révolte en tournant dans l’autre sens, le courant est trop fort. Ce phénomène ne pouvait que m’intriguer. Je vous propose donc une plongée dans cet étrange monde des runners.

Les runners : la tribu des technophiles

En courant, je les observe. Le runner est bariolé. Habillé en noir ou en gris quand il est en civil, le runner se transforme tel Ironman en créature fluorescente dès qu’il chausse ses baskets. A ce propos, je vous invite à redécouvrir le sketch des Inconnus qui préfigurait du look de notre runner. Différence majeure, la runneuse est souvent bourgeoise ou bo-bo. Le fluo a donc réalisé une ascension sociale fulgurante.

Les runners se répartissent en plusieurs tribus. La première ce sont les technophiles. On les reconnaît à leur matériel dernier cri.  A commencer par le textile pour « courir confortablement » alors que courir confortablement c’est en fait arrêter de courir. Banni le T-shirt en coton dont la matière absorbe l’humidité du corps et refroidit la peau très rapidement, bonjour le T-shirt respirant fluo bien entendu. J’ai essayé le T-shirt respirant. Il ne m’a pas empêché d’être essoufflé. Il existe également des sous-vêtements spécial running mais j’en reparlerai dans la section consacrée à la plus terrible des tribus, celle des runneuses. 

Le runner technophile est bien sûr connecté. Il mesure en temps réel sa fréquence cardiaque, sa vitesse, la distance parcourue. Cette semaine, j’ai fait 2432 foulées de 72.4cm et je suis monté en pulse à 163. Et alors? Alors par rapport à la semaine dernière, je m’améliore sur la longueur de la foulée de 3mm et de 3 pulse….

L’imagination des marchands est sans limite. Voici donc un inventaire en partant de bas en haut : les inévitables chaussures de running (nous y consacrerons un chapitre) comme par exemple les Adidas Raven à 149.95€, les chaussettes Kalenji Kiprun 9.99€, le manchon de compression Booster Elite pour prendre soin des mollets 24.90€, un collant Nike Power Speed 87.49€ « imprimé aux endroits stratégiques pour le maintien des muscles clés » (je jure que je n’ai pas inventé cette phrase). Pour les sous-vêtements on vous conseillera le Ice Breaker Boxer Anatomica 40€ mais les débats font rage notamment chez les runneuses ( http://www.u-run.fr/9077-string-culotte-shorty-ou-rien-pour-courir). Passons maintenant au T-shirt : le Under Armour Heat Gear 27€ et comme l’automne approche parez vous de la veste Asics Lite Show à 70€ qui offre une résistance maximale face aux vents. Terminons pour l’hiver avec le Craft light thermal bonnet à 16.95€.  450€ plus tard, le runner technophile est paré pour commencer à courir. Ah non, j’oubliais la quincaillerie électronique comme le dernier bracelet connecté de chez Garmin à 350€. 

Le runner technophile se subdivise lui-même en deux catégories : le technophile branleur et le technophile sérieux. J’ai une certaine tendresse pour la première catégorie. Il rentre de vacances plein de bonnes résolutions. Frimeur et flambeur, il est passé chez Décathlon et il a acheté tout le matériel. Il s’est fait plaisir en achetant le dernier bracelet connecté pour pouvoir contempler ses performances

http://www.01net.com/actualites/top-10-les-meilleurs-bracelets-connectes-sport-et-fitness-967964.html

 Il en a parlé toute la semaine à la machine à café et le voilà à mes côtés au Parc Monceau. Auréolé de son équipement flambant neuf, il est parti comme une fusée. Mais la pesanteur s’est vite rappelée à lui. Confiant, il a commencé à boire de l’Isostar dans son Asics Running Waistpack. Il est reparti fringant sur quelques mètres. Mais rien n’y a fait, le point de côté a commencé à monter et je l’ai irrémédiablement rattrapé. Il s’est alors brièvement rappelé une image de son enfance : la coureuse Sud Africaine Zoa Budd battant le record du monde du 5000m pieds nus….

Le technophile sérieux est beaucoup plus dangereux. Il vous dépasse dans la ligne droite avec une déconcertante facilité arborant fièrement son T-shirt Marathon Finisher. Il faut dire qu’il est carrément baraqué ses pectoraux entretenus par une à deux séances par semaine de fitness. Je l’ai rencontré la première fois dans les années 90 à New York. A Paris, j’avais le gabarit du français étudiant certes un peu gringalet mais « normal ». A New York, la norme avait évolué sous la pression du culte de la performance appliqué au corps. L’homme était devenu « plus vite, plus haut, plus fort ». 30 ans plus tard, l’Homo Central Parcus a traversé l’Atlantique et s’est incarné dans le runner technophile du Parc Monceau. Attention le runner technophile est prosélyte. Il essaiera de vous convertir à la course. Il vous parlera de son bien être, de son éclatante santé, n’hésitera pas à essayer de vous culpabiliser sur vos quelques bourrelets. 

http://www.20minutes.fr/societe/1817935-20160401-quand-culte-corps-tourne-obsession

Ce n’est pas un hasard s’il allie technologie et santé. Notre technophile recherche la performance à tout prix : aujourd’hui avec son équipement, demain avec des médicaments, après-demain en devenant un homme machine. Nous sommes là dans la préfiguration de l’homme augmenté au coeur de l’idéologie transhumaniste. Le technophile en sera le premier adepte.

Heureusement il reste concurrencé par une troisième tribu : le coureur à l’ancienne. Vous le reconnaîtrez à son short en nylon à l’ancienne enveloppant ses cuisses musclées combiné à un vieux t-shirt ou débardeur et à ses cheveux coupés courts. Il a juste des baskets neuves.  Il courait déjà il y a 10 ans avant que le running ne devienne à la mode. C’est un adepte de l’effort dur mais sain. Il ne recherche pas la performance mais il est performant. Il a une connaissance intime de son corps forgée dans la durée. Il ne battra pas nécessairement le technophile dans le sprint final mais au moins lui aura-t-il donné du fil à retordre

Les runners : la tribu des runneuses

J’ai fait un rapide sondage au parc Monceau et je me suis rendu compte avec surprise que la moitié des coureurs étaient des femmes. Pourtant le marathon fut longtemps interdit aux femmes. L’Homo Macho dans sa grande sagesse avait jugé que ces frêles créatures étaient bien incapables de parcourir les fameux 42 km. Elles avaient bien mieux à faire dans leur foyer. Il fallait les protéger contre elles-mêmes. Hallucinant, c’est de haute lutte qu’elles gagnèrent le droit de participer pour la première fois à un marathon à Boston… bien après le droit de vote en 1969 année érotique et donc aussi sportive. Certaines avaient en effet pris l’insolente habitude de se glisser clandestinement dans les courses déguisées en homme. Lors du marathon de Boston en 1967, un officiel zélé découvrit que la dénommée Kathy Switzer était dépourvue de testicules. Outré, il lui signifia son expulsion immédiate du peloton. Mais c’était sans compter sur le fiancé de l’intruse qui la défendit à grands coups d’épaule applaudi par le peloton. La voie était désormais ouverte. 

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http://www.amicourse.com/wp-content/uploads/2010/01/retro_-marathoniennes.pdf

Le marathon féminin devint une épreuve olympique en 1984 et il semblerait aujourd’hui complètement fou de leur interdire cette pratique (mis à part sans doute aux défenseurs d’obscures religions). Mais aujourd’hui la folie du running est largement féminine. Le nombre de pratiquantes augmente chaque année. Les girls run réservées aux femmes comme la Parisienne ou le Nike Women’s Paris se sont développées dans toute la France. Ironie de l’histoire : c’est déguisé en fille que des hommes courent la Parisienne (heureusement pas vraiment clandestinement). J’ai même découvert l’existence du magazine « Running pour elles ». Et cet engouement ne semble pas prêt de s’arrêter. 

Je crois que personne ne l’avait vraiment anticipé mais a posteriori cette passion running féminine n’est pas si surprenante. Je rentre là dans le terrain glissant des stéréotypes mais voyez-y plutôt un plaidoyer féministe. Les femmes (en tout cas la mienne) sont souvent plus endurantes et dures au mal que nous. Ce long effort leur va si bien. Elles arrivent à dompter avec talent la lente et méthodique progression du coureur vers la performance quand nous préférons un effort plus brutal. J’aime regarder l’élégance des femmes qui courent. Souvenez-vous d’ailleurs de cette fameuse phrase de Chandler dans Friends « Run Yasmine, run Yasmine, run »

En tout cas, elles ont transformé ce sport en profondeur en façonnant notamment ces grandes kermesses urbaines que sont devenues les grandes courses. Color Run, Bubble Day, Paris-Versailles, Mud Day, ces manifestations rassemblent des milliers de personnes et façonnent la vie urbaine. Je vous propose d’y faire une rapide plongée.

Les runners : les courses événementielles

La course est le sport individuel par excellence. Vous vous battez contre vous-même, isolé dans votre bulle, casque sur les oreilles. Paradoxalement c’est ce sport qui donne lieu aux plus grand événements collectifs avec par exemple plus de 50.000 participants pour le marathon de New York. Je crois que personne n’aime courir seul. C’est notre côté grégaire. La course serait l’aboutissement du lien social de notre temps : être ensemble côte à côte, les plus nombreux possible mais sans se parler. (je plaisante bien sûr!)

Ces immenses rassemblements me fascinent. Au départ, ces événements étaient sérieux. Le marathonien s’entraînait pendant des mois pour faire la Course le jour J. Ses proches l’attendaient le long du parcours et venaient applaudir l’exploit. Mais tout ça manquait de fun. Les sponsors et le marketing sont arrivés et tout a commencé à changer. Méga-sono sur le parvis du Champ de Mars, déjà plus fun : après l’effort, le réconfort. Mais la course quand même…. Si on faisait la course en se faisant asperger de poudre colorée. Encore plus fun. Et en plus à l’arrivée les DJ Extravadance t’attendent. Super méga-fun. 70% de filles. YEESSS!!!! Et si on faisait un concours de T-shirt mouillé. Ca s’est le bubble day. Là le côté course est réduit au minimum et entre deux foulées, on passe dans des bains géants de bulle. Mes filles ont adoré. 

Féminisation et marketing sont à mon sens à l’origine de ces manifestations. Les femmes ont apporté à la course un sens du rythme, un goût du déguisement bien éloignés des préoccupations des austères coureurs du début. Ca n’est pas Redbull mais Sephora qui sponsorise la Color Run. Les marques ont vite vu dans ces événément un bon vecteur de communication. Il y a plein de choses à vendre (cf. la liste de shopping du runner dans le post précédent) et puis on s’associe à un événement associant effort et fun, un événement impliquant. Ces courses sont donc gavées de marketing. On y sent l’odeur de l’argent. Adidas a même créé des équipes de quartier animées via Facebook pour vendre ses chaussures. Je vous invite à lire l’article ci-dessous. Je trouve cette initiative à la fois géniale mais tellement angoissante. 

http://lareclame.fr/123854-bilan-campagne-adidas-boost

Il fallait que les hommes prennent leur revanche, remettre de la testostérone dans tout ça. Réussir le marathon devenait banal, trop facile. On a donc inventé l’Ironman : 4 km de natation, 180 km de vélo et un marathon en guise de sprint final ou encore l’Ultratrail généralement plus de 100 km en milieu montagneux, la ballade en montagne avec le plaisir en moins. Il s’agit là d’aller vraiment au bout de soi. Étrange occupation que celle d’aller au bout de soi : nous savons tous ce qu’il y a au bout de la route. Je peux le comprendre dans les sports extrêmes : frôler la mort, la défier pour une bonne décharge d’adrénaline mais là j’avoue que j’ai plus de mal. Tout le monde a loué Yohann Diniz ce marcheur fou. Presque Christique, il est tombé trois fois lors de son 40 km marche, s’est relevé et a fini la course évacué directement au service de réanimation de l’hôpital de Rio. Les journalistes sportifs épuisés eux par des nuits de fête saluaient unanimement ce héros. J’avoue que j’ai un peu de mal. 

Mais la bêtise humaine étant sans limite, on inventa le Mud Day. La première fois qu’on m’en a parlé, j’ai cru à une mauvaise plaisanterie. Les participants effectuent un parcours de type militaire. Ils « s’amusent » à ramper dans la boue avant de monter un mur d’obstacle puis se suspendent  à des cordes au dessus d’une rivière de boue. Je les vois en treillis, maquillés comme des commandos. Ils arrivent trempés mais fiers à l’arrivée. Je me méfie des gens qui jouent à la guerre. Je les enverrai bien faire un petit tour du côté de Verdun. Ils se rendraient peut-être compte que nos aïeux y rampaient tragiquement dans la boue et que malheureusement ça n’était pas un jeu. 

Un été POKEMON GO

Chroniques d’été le retour
Ça y est! Enfin vivent les vacances! …. Je vais pouvoir reprendre ce que mon emploi du temps de l’année ne donne pas l’occasion de faire : lecture, écriture, bulle… Bref la saison 2 des chroniques d’été commence. La matière ne manque pas. Faut-il s’en réjouir : pas sûr. Le ciel s’est nettement assombri (je voulais écrire clairement assombri mais l’expression aurait été osée après juste quelques lignes) depuis un an : Bataclan, Trump, Erdogan, 3 coups de poing dans l’estomac de l’Humanisme. Mais je suis sûr que nous y reviendrons. Heureusement actualité plus légère, ce mois de juillet est aussi marqué par la sortie de Pokemon Go. Alors mettons nous tous en chasse. C’est parti.

Dimanche 24 juillet  Froome, Froome

Le tour de France arrive sur les Champs Elysées et moi je poursuis ma plongée dans le tragique univers des coureurs avec la lecture du cycliste masqué. Froome n’est pas net, c’est sûr. Trop maigre pour être honnête (par contraste, je suis l’honnêteté incarnée). L’image restera de Froome courant à pied dans le Ventoux. Les commissaires lui ont rendu un bien mauvais service ce jour là en le reclassant. La France aime « les perdants magnifiques »

Lundi 25 juillet Pokemon Go arrive en France

Attention danger. Pokemon Go arrive en France. Symptôme de la la maladie : des êtres d’apparence normales se promènent dans la rue le nez rivé sur l’écran de leur téléphone portable. Conséquences de cette maladie mondiale : des accidents de voiture, un mort tombé d’une falaise, des jeunes se retrouvant au milieu d’un champ de mines en Bosnie. Le menu paraît alléchant. Allez il est temps de télécharger les bestioles. On vous tient au courant dans les jours qui viennent.

Mardi 26 juillet

Ça y est, nous l’avons téléchargé. Les journaux ne parlent que de ça, content d’échapper à la lourdeur de l’actualité. Je suis pris par la frénésie du jeu. Mes chroniques quotidiennes sont balayées. Pokemon Go s’impose. Il n’y aura pas de chronique du 27 juillet. L’écriture de cet été sera consacrée aux multiples facettes de ce jeu. Je vous propose donc de rentrer avec moi dans le fascinant univers de pokemon go ou plutôt dans mon univers autour de ce jeu.

Pokemon Go nouvelle mythologie

L’arène est détenue par un Tortank pokemon eau qui est l’évolution du Carapuce. Ça ne sert à rien de l’attaquer avec Galopa qui est l’évolution de Ponyta car c’est un pokemon feu. En revanche un Dardagnan évolution d’Aspicot même avec un niveau inférieur pourra vous réserver les meilleures surprises. Vous n’avez rien compris, ça n’est pas grave. Demandez à vos enfants des explications, ils parlent sans doute le pokemon couramment.
Mais creusons un peu. Les pokemon sont nombreux :  151 pokemons disponibles dont 12 super-pokemons (évolutions niveau 3) à comparer au panthéon des 58 dieux grecs dont 12 Olympiens (mais en excluant les titans et les demi-dieux). Comme chez les dieux grecs, nous sommes dans un monde belliqueux où personne ne semble en mesure d’avoir le dessus. Chacun a ses forces mais aussi son talon d’Achille : le fort de l’un est le faible de l’autre. En revanche pas de pokemon suprême, le Zeus des pokemons n’existe pas. La hiérarchie existe mais entre les dresseurs.
Intrigué par ces quelques découvertes, j’ai voulu creuser et aller aux sources en me procurant le livre fondateur Pokemon. J’ai découvert avec surprise que ce livre n’existe pas. Pokemon à l’origine, c’est un package combinant jeu vidéo, dessin animé, mangas et cartes inventé et commercialisé par Nintendo. Pas d’écrit donc, avant tout un graphisme, quelques principes simples pour devenir un maître dresseur et tel un rite initiatique un voyage de lieu en lieu pour accompir la quête. Pas besoin d’un épais ouvrage à la manière de Tolkien pour tout cela. Pas plus d’épaisseur chez les personnages que dans les Goldorak, Bioman et autres séries provenant du pays du Soleil levant qui ont bercé notre enfance.
Comme Star Wars, les épopées modernes peuvent se passer de l’écrit. Mais alors comment expliquer un tel succès planétaire. Serions-nous tous devenus débiles? La compléxité des pokemons vient en fait du système de combat que l’on retrouve dans les cartes comme dans le jeu vidéo. Il faut trouver les bonnes attaques, les bonnes défenses. L’algorithme de combat ensuite calcule. La subtilité des Pokemon est mathématique. Les anciennes mythologies étaient littéraires, Pokemon est graphique et mathématique.

Pokemon Go et la SPA

Le principe du jeu est simple : vous attrapez toutes sortes d’animaux (les pokemons) en liberté dans la nature et qui ne demandaient rien à personne. Vous les capturez à l’aide d’une pokeball. Vous les enfermez dans cette pokeball. Ils sont la plupart du temps réticents à cette capture. Le jeu prévoit d’ailleurs qu’ils cherchent à s’enfuir. On peut même les appâter avec des framboises (le pokemon est gourmand!). Mais le pire commence alors. Une fois enfermés bien au chaud dans votre pokedesk, vous les dressez pour qu’ils deviennent de véritables combattants et puissent attaquer d’autres animaux dans des combats à mort.
Ne me dites pas que les pokemon ne sont pas des animaux : vous n’avez jamais vu un roucool ou un arcanin. Certains sont certes un peu imaginaires ou préhistoriques mais leur nature est difficilement contestable. Le créateur du jeu Satoshi Tajiri le confirme, ce sont les courses de criquets de son enfance qui l’ont au départ inspiré. Moi je dirai plutôt des courses de criquets mâtinées de combats de chiens. Voilà donc à quoi s’amuse une grande partie de notre humanité civilisée. Les jeux du cirque sont de retour sous forme électronique sans que cela ne nous cause aucun remords. Mais que fait Brigitte Bardot?

Pokemon Go du tour de pointe gâché au tour de pointe magique

A peine Pokemon Go téléchargé, nous voilà partis pour le rituel tour de pointe au coucher du soleil. Incroyable, la pointe regorge de créatures : Tygnon, Picachou, la maison de pêcheur mon premier pokestop. J’exulte et les enfants aussi. Nous nous précipitons à la poursuite des pokemons. La pêche nous semble quasi-miraculeuse. A la fin de la promenade, je vois ma femme qui fait la gueule. Je la regarde interloqué. « Tu n’as même pas regardé le coucher de soleil qui était pourtant magnifique ce soir. Tu n’as pas eu un regard tendre pour moi. Les pokemons ça rend vraiment abruti. » Je rentre à la maison penaud.
Nous repartons le lendemain pour un nouveau tour de pointe assorti d’une mise en garde en cas de récidive. Je mets mes sens en éveil humant avec délectation l’air marin rosé du coucher de soleil. J’y rajoute le 6ème sens du chasseur qui rajoute excitation et aventure à ce tour parfois routinier. Mais je me discipline pour contenir boulimie de ce 6ème sens. La magie opère, tout naturellement la conversation familiale virevolte entre deux chasses et nous réalisons le plus beau tour de ces dernières années.

Pokemon Go science fiction prophétie de Matrix réalisée

Opération PokeBrain Go réussie. Nous avons réussi en quelques jours à convertir quelques millions d’humains en Pokesheep rivés sur leurs écrans de téléphone avec un temps de cerveau disponible maximisé. Plusieurs exploits sont déjà à notre actif : un joueur serait tombé d’une falaise en poursuivant un pokemon, nous avons suscité plusieurs mini-émeutes en faisant apparaître des Leviators dans des lieux publics bien choisis. Nous sommes prêts pour la phase 2 l’opération Pokepanurge : apparition de pokemons légendaires dans les fleuves des grandes capitales. D’après nos simulations, nous pensons réussir à faire plonger 100.000 personnes dans l’Hudson, 50.000 dans la Seine et la Tamise. Notre prise de contrôle ne fait que commencer. Les frères Wachovski nous avaient démasqué. Elles assisteront à notre triomphe.

Pokemon Go santé le retour en force de la marche à pied

Maman je suis fatigué, je veux pas marcher. Vous avez fini votre stock d’histoire, vous avez déjà utilisé le coup de la crème glacée à l’arrivée pour qu’il marche ce matin. Le bourricot refuse d’avancer. Vous criez, vous tempêtez, vous menacez mais rien n’y fait.  Vous voulez la terminer cette ballade; merde ce sont aussi vos vacances.
Pokemon Go va vous sauver. Vous remercierez cet oeuf 10km qui va éclore opportunément à la fin de la ballade. Si par malheur, il venait à éclore trop tôt, vous pourrez en incuber un nouveau. Votre cher bambin est prêt aux montées les plus rudes s’il a la perspective d’obtenir un Voltorbe ou un Machoc. Lui-même finira par vous réclamer le matin d’aller marcher. A la fin, c’est vous qui risquez d’être épuisé. Il vous proposera peut-être une glace pour que vous le laissiez attraper le Dracolosse qui vient d’apparaître sur le radar.

Pokemon Go retour à Paris ou l’éloge de la paresse

J’attendais avec impatience ce retour à Paris, le paradis des chasseurs. Pokestop à gogo, arènes prestigieuses, pokemons rares dans les rues. Je n’ai pas été déçu en arrivant Porte Maillot avec près d’une centaine de pokestops dans mon radar. Mais je n’étais pas au bout de mes surprises. La petite tête sculptée du numéro 12 de la rue avait retenu l’intérêt de Niantic et avait été transformé en pokestop. J’avais donc accès depuis mon appartement à un approvisionnement illimité en pokeballs et potions.

Pokemon Go le triomphe du capitalisme mondialisé

Cher Monsieur, vous venez de signer les 63 pages des conditions générales d’utilisation de Pokemon Go. De manière librement consentie, vous venez d’accepter qu’on installe sur vous un mouchard qui permettra de connaître tous vos mouvements dans la ville. Grâce à nos algorithmes big data, nous allons pouvoir enfin satisfaire vos moindres désirs et surtout les monnayer à ceux qui peuvent les satisfaire; une promenade dans le Gers : envoi automatique de publicité pour foie gras et floc de Gascogne, un pokemon rare rue Saint Denis : une offre promotionnelle canard vibrant, des visites répétées dans les abbayes : une bible de Jérusalem illustrée par des artistes hihop new-yorkais. Vous le voyez, nos offres sont éclectiques et couvrent tous les domaines du profane au sacré.   Sans oublier très prochainement les Mac Pokemon avec des pokemons spéciaux uniquement disponibles pour l’achat d’un menu Best Of. Avec le menu Maxi Best Of obtenez directement l’évolution du Mac Pokemon.
Vous le voyez, les possibilités sont infinies. La bourse ne s’y pas trompée : l’action Nintendo a doublé depuis le lancement du jeu avant de rebaisser quand les investisseurs se sont aperçus que c’est Niantic une ex-filiale de Google qui allait ramasser la mise. Aux dernières nouvelles, on annonce une attaque du Googlator sur le siège arène de Niantis.

 Pokemon Go et journaliste de la presse quotidienne régionale

« Robert, il s’passe rien. Les gens sont en vacances. Ils en ont ras le bol des articles sur l’état islamique. On a dejà couvert hier les 3 jours de la tomate. Il faut qu’on remplisse une demi-page. Je suis à sec. »
« Pas de souci Thomas, j’ai une idée pour toi. Pokemon Go c’est le phénomène de l’été. Reportage facile et impactant : tu vas sur Internet, tu fais une synthèse des blogs sur le sujet. Tu verras, il y a plein de matière. Après tu vas sur la Grand Place. Tu t’installes au café, tu commandes une bière. Tu repères 2/3 jeunes qui pianotent sur leur téléphone. Tu les observes, tu les interviewes. »
Résultat interview choc, titre qui claque : « la folie Pokemon Go s’empare aussi de Mont de Marsan » et c’est dans la boîte. Robert t’es vraiment génial, ça c’est du journalisme de terrain.
http://www.sudouest.fr/2016/08/02/la-folie-pokemon-s-empare-de-la-ville-2454558-1733.php

Pokemon Go sociologique

La référence des journaux français s’intéresse aussi au phénomène. Lu en première page du Monde ce matin, Pokemon Go favoriserait honteusement les quartiers riches au détriment des banlieues défavorisées et des zones rurales. A l’appui de cette affirmation, une carte géographique prodigieuse indiquant le nombre de Pokestop par habitant. On constate ainsi une scandaleuse inégalité : 1 Pokestop pour 1850 habitant à Gueret contre 1 Pokestop pour 30 habitants dans le VIIIème arrondissement de Paris, nouvelle illustration de la fracture numérique dans notre pays. Emmanuel Todd tient là le sujet de son prochain ouvrage. Mais un seul village résiste à l’envahisseur : le XVIème arrondissement riche en € mais pauvre en Pokestop. Manque de jeunes, vrai mais insuffisant pour expliquer cette anomalie statistique. A l’opposé, les quartiers du Père Lachaise et Montmartre regorgent des précieux portails. Faudrait-il rebaptiser le jeu Pokebobo?
http://www.lemonde.fr/pixels/article/2016/08/03/pokemon-go-les-multiples-facteurs-des-inegalites-geographiques_4977738_4408996.html

Pokemon Go ou l’enfer du jeu

Il sourit fièrement à la une de la presse quotidienne (2ème article facile pour notre journaliste de la PQR). Il est le premier dresseur de France à arborer tous les pokemons dans son pokedesk. Il nous explique sa redoutable méthode. J’y ai passé toutes mes vacances. Je chassais tous les jours de 20h00 à 4h00. Il nous conte ses exploits tel le chasseur de lion en Afrique des années 1900 : le lokhlass est apparu à 2h30 du matin, je l’ai su grâce à mon alerte Facebook. Je savais qu’il ne serait visible qu’une vingtaine de minutes. J’ai traversé la ville à fond sur mon gyropode. Une fois sur place malgré ma combinaison balle à effet, baie framby et super-pokeball, l’animal s’est échappé une fois, deux fois, trois fois. À la quatrième tentative, angoisse terrible qu’il ne disparaisse définitivement, je sors ma botte secrète « curve ball » en plein dans le mille et la bête se rend enfin. Sa voix semble sereine mais ses yeux brillants le trahissent. Je sais moi qu’il a été hanté pendant des nuits entières par le jeu. A ses traits tirés, je vois qu’il ne pouvait plus s’arrêter, vers 4h00 du matin une petite voix intérieure lui sussurait : allez encore un et il y succombait. Je connais ces mains tremblantes à l’image du joueur de Zweig avant de lancer une attaque sur une arène… Un sujet en or pour le numéro de rentrée de Psychologies Magazine.

 Pokemon Go et la bande d’ados

Ils sont là rassemblés sur la place de ce petit village du Gers, une dizaine d’adolescents perchés sur leurs scooters casque intégral au bras. Ils pianotent frénétiquement sur l’écran de leurs smartphones. Je me rends rapidement compte qu’ils sont en train de combattre pour la conquête de l’arène du village. Une terrible bataille oppose les  deux bandes du village : les bleus et les rouges, chacun s’étant installé sur son coin de la place du village. Une belle fille blonde glousse accrochée aux bras du chef de l’équipe bleue. Son opposant de l’équipe rouge l’interpelle : « Bâtard, trop relous la défense de ton Ronflex. Il destroy mon Aquali à tous les coups » qui lui répond du tac au tac « Normal les rouges vous êtes trop des losers » et tous ricanent cigarettes au bec. Je souris intérieurement. Nos parents jouaient au babyfoot, nos grands frères au flipper et nous aux premiers jeux vidéos. Les générations passent, les jeux changent mais la bande d’ados elle est éternelle.

Pokemon Go et les religions

Les pokemons nous viennent du Japon. Guère surprenant, nos racines judéo-chrétiennes détestent l’adoration des idoles et le polythéisme. Les connaisseurs du Shintoïsme feront d’ailleurs immédiatement le lien avec le jeu. Ce jeu aux racines païennes transforme l’espace public : les monuments remarquables sont soit transformés en pokestops ou en arènes; parfois avec un mauvais goût sacrilège comme l’arène installée dans le cimetière militaire de Verdun. L’Eglise possède ainsi de facto le plus gros patrimoine de France d’arènes et de pokestops, cet été marquant un retour massif des jeunes sur le parvis des églises. A ma connaissance, aucune protestation du clergé sur ce détournement des lieux de culte : signe d’une saine laïcité dans notre pays. L’église méthodiste de Birmingham a même utilisé le jeu pour faire du prosélythisme et ramener à elles des brebis égarées. En revanche, on ne rigole pas partout avec les pokemon. Ne partez pas à la chasse dans les pays du Golfe : en Arabie Saoudite une fatwa du grand mufti a interdit dès 2001 tous les produits pokemon accusés simultanément de promouvoir le darwinisme, de posséder les esprits des enfants… Sans oublier la présence sur les cartes de jeux d’étoiles à 6 branches, évident symbole d’un complot sioniste caché derrière ce jeu… Nous aurions dû nous méfier davantage.

Pokemon Go source d’inspiration pour les gourous

Reçu cette semaine dans ma boîte mail « comment pokemoniser votre marketing? », lu sur linkedin « ce que Pokemon Go nous apprend sur la motivation et la dynamisation d’une équipe ». Les gourous charlatans sont à l’affût. Il y a de l’argent à faire. Mais il faut faire vite. Pas sûr que cette mode managériale soit pérenne. Je propose donc une offre  clé en main pour séminaire stratégique de direction à la rentréep
– Journée 1 : quel pokemon êtes-vous? Mieux vous connaître et connaître ceux avec qui vous travaillez à travers une approche ludique et sociologique
– Journée 2 : l’impact du digital dans la modification de la chaîne de valeur ou comment éviter que votre entreprise se fasse pokemoniser?
– Journée 3 : team building compétitif avec une grande chasse aux pokemons dans Paris. Quelle équipe de chasseur arrivera à monter le plus en niveau en 1/2 journée? Pour vous accompagner un jeune de l’entreprise en reverse mentoring.
Reste à trouver le premier client pour ce séminaire. Après le bouche à oreille devrait faire son oeuvre

Pokemon Go la guerre des bleus, des rouges et des jaunes

Au niveau 5, tu rejoins une équipe les bleus, les rouges et les jaunes. Nous, nous sommes bleus. Chaque équipe est supposée avoir un trait de caractère dominant mais dans les faits ce choix d’équipe est en fait le seul fruit de l’humeur légère du moment. Mais quelques mois plus tard, cette décision se révéla loin d’être anodine. Des bandes de bleus, de rouges et de jaunes sillonnaient la ville à la conquête de nouvelles arènes. Nous nous joignions avec plaisir à ses petits groupes peinturlurés qui chantaient avec un enthousiasme bon enfant « allez les bleus ». Puis  eurent lieu les premiers pokemon games au stade de France présenté par un célèbre animateur grec. La confrontation fut magnifique. Le stade était tricolore bleu/rouge/jaune dans une ambiance festive alimentée par un show de David Guetta. 500 arènes avaient été créées pour l’occasion donnant accès à la création de la 1ère méga-arène. Des combats acharnés eurent lieu et on découvrit alors les 1ers Pokepros. L’argent fit alors son apparition massive dans le jeu, ce show donnant lieu à de gigantesques paris en ligne : pour les rouges tapez 1, pour les bleus tapez 2, pour les jaunes tapez 3… Certains Pokepros devinrent de véritables stars soutenus par des milliers de supporters de la même couleur. Rackham le Rouge contrôlait à lui seul près de 800 arènes. Le jeu commença alors à dégénérer avec des rivalités exacerbés entre les différentes couleurs. Ainsi pour empêcher, Yellow Submarine et ses ninjas de prendre la méga-arène de la Tour Eiffel, Rackham envoya ses pookiligans. Les affrontements passèrent du virtuel et au réel et il fallut l’intervention de la police pour séparer les combattants. Après UberPop, le ministère de l’intérieur décida d’interdire Pokemon Go.

Epilogue

Mon propos aura pu vous sembler grave sur un sujet pourtant léger. Il est le reflet d’un monde qui semble nous échapper. Mais ne vous y trompez pas, je me suis surtout beaucoup amusé le temps d’un été à jouer à Pokemon Go et surtout à écrire ces quelques lignes.